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Alerte sur le tabagisme: le nombre de fumeurs ne baisse plus, et augmente même chez les femmes

Une étude de Santé Publique France révèle ce mardi que le nombre de fumeurs quotidiens ne baisse plus. Pire, le tabagisme augmente même chez les femmes et les classes d’adultes les moins diplômées.

Inquiétude sur le tabagisme dans l’Hexagone. Après des baisses d’une ampleur inédite depuis 2014, le nombre de fumeurs en France est en stagnation, et repart même à la hausse pour certaines catégories de personnes. Alors que 30,4% des Français se disaient fumeurs en 2019, ce sont désormais 31,9% des citoyens français qui affirment fumer en 2021.

En cause, l'impact de la crise sanitaire, notamment. Deux groupes de personnes fument même davantage aujourd'hui : les femmes et les classes de personnes les moins diplômées.

Chez les femmes de 18 à 75 ans, le tabagisme quotidien est passé de 20,7 à 23% entre 2019 et 2021. Pour les Français les moins diplômés, l'évolution est encore supérieure : elle augmente de 3 points, pour atteindre 32%.

Les inégalités sociales sont donc un autre facteur d’aggravation des addictions, à l’instar du tabagisme. À Bagneux (Hauts-de-Seine), Amine, malgré un budget très limité, admet fumer un paquet par jour. Le prix ne semble pas être un frein à sa consommation.

“C’est un cercle vicieux. Tu te réveilles le matin, tu prends ton café et tu as envie de fumer. Des fois même, quand tu es en manque d’argent, tu cherches de l’argent pour tes clopes, pas pour un petit-déjeuner ou quoi, tu vas vouloir tes clopes avant d’acheter à manger”, raconte Amine.

Pour Joseph, technicien à la retraite, c’est pire. Il dépense près de 400 euros par mois en tabac, peu importe les conséquences. “L’alcool, quand on en abuse, on le voit tout de suite, on est saoul. Mais la cigarette, on ne s’en rend pas compte”, remarque-t-il.

Un paquet à 15€, solution miracle?

Invité de l’émission Apolline Matin sur RMC et RMC Story, le professeur Amine Benyamina, spécialiste en addictologie et chef du service de psychiatrie et d'addictologie de l'Hôpital Paul-Brousse, estime qu’il faudrait une augmentation drastique du prix du paquet de tabac pour tenter d’enrayer la dynamique négative du tabagisme en France.

“C’est une perspective qui n’est pas irréaliste et irréalisable. On sait que c’est sur la finance que nous avons les résultats les plus probants. Lorsque l’on voit ce qu’il s’est passé entre 2014 et 2019 en France, (...) tout le monde est allé dans le même sens avec l’augmentation des prix, le paquet neutre et tout cela. Mais la finance, les prix, est un élément extrêmement dissuasif notamment pour les jeunes”, analyse le professeur Benyamina.

"C’est le même principe que l’alcool. Vous avez 15 minutes d’excitation et tout le reste, ce sont des problèmes"

Affirmant qu’il faut “soutenir ces gens pour avoir accès à des consultations”, le professeur Benyamina explique que les personnes les plus touchées par le tabagisme “sont des personnes qui n’ont pas accès à des moyens pour s’en sortir, et ce sont eux qui sont le plus sujets à l’addiction. Il y a une sorte de double peine. Ce sont des personnes qui n’ont pas pu intégrer des éléments de santé publique pour pouvoir éviter d’arriver à cette dépendance, et lorsque cette dépendance est installée avec force, celle-ci est plus importante que leur budget mensuel”.

“Il ne faut pas de double peine. Ce n’est pas parce que vous consommez du tabac que vous allez améliorer votre situation économique, au quotidien. C’est éphémère, c’est le même principe que l’alcool. Vous avez 15 minutes d’excitation et tout le reste, ce sont des problèmes. C’est très important de déconnecter ce pensif”, assène Amine Benyamina.

Alors, pour contrecarrer cette reprise du tabagisme en France, les leviers sont multiples. Aux yeux du spécialiste en addictologie, “nous allons devoir revoir notre manière de communiquer, essayer de toucher ces populations qui ne sont pas accessibles à ce discours. Comment? Il faut adapter l’outil de prévention sur les réseaux sociaux, sur la manière avec laquelle on communique. Il faut inventer des façons d’entrer dans l’esprit de ces personnes qui consomment et ne pas attendre que l’information leur arrive de manière passive”.

Pour conclure, Amine Benyamina souffle un élan d’optimisme envers les fumeurs. Il explique que "90 % des personnes aux prises avec la dépendance au tabac arrivent tranquillement avec un processus motivationnel induit à arrêter”.

Nicolas Ropert, avec Alexis Lalemant