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"Ce n’est pas une injection de la mort": polémique autour d'un médecin qui a administré un puissant sédatif à des patients en fin de vie

Plusieurs centaines de médecins demandent la réintégration d'un de leur collègue soupçonné d'avoir aidé plusieurs patients à mourir et mis en examen il y a plus d'un mois.

Le débat sur la fin de vie à domicile relancé après la publication dimanche d'un manifeste, signé par 343 médecins. Il fait suite à la mise en examen d’un médecin généraliste en Normandie il y a plus d'un mois. 

Le docteur Meheut-Ferron est sous le coup d'une "interdiction totale" d'exercer après avoir administré du Midazolam, un sédatif très puissant, à plusieurs patients en fin de vie. Les médecins signataires réclament les moyens de respecter la loi Leonetti, qui autorise, sous certaines conditions à soulager les patients en fin de vie. Ils exigent également que le Docteur Meheut-Ferron puisse de nouveau exercer.

Le Midazolam qui apaise les angoisses et les douleurs d'un patient en fin de vie est un sédatif normalement réservé aux médecins hospitaliers. Mais ce praticien a réussi à s'en procurer et à en administrer à plusieurs malades. "J'aurais pu faire la même chose", admet Bénédicte Delmas-Guillois, médecin généraliste: "Ce n’est pas une injection de la mort. On est dans un processus de fin de vie indépendamment des molécules. Là ça calme l’anxiété. Ça va changer peut-être 24 heures, mais c’est juste que ça se passe dignement", explique-t-elle au micro de RMC. "Je ne suis pas pour l’euthanasie et la peur c’est qu’il y a un amalgame", ajoute la médecin.

"Accompagner nos patients jusqu'au dernier moment"

Les signataires dénoncent un manque de confiance envers la médecine de ville. Pascal Charbonnel, manque lui de moyens pour soulager ses patients: "Quand on a une trentaine d'années d'exercice comme moi on s'est retrouvé plusieurs fois à bricoler avec des produits non-adaptés. Paradoxalement je peux prescrire 600 mg de morphine à un patient ce qui peut entraîner une sédation. L'objectif ce n'est pas de faire n'importe quoi, c'est d'accompagner nos patients jusqu'au dernier moment dans les soins qu'on s'est engagés à fournir", explique le praticien.

Comme solution, les signataires du manifeste proposent de mettre en place des prescriptions de Midazolam sécurisées, comme pour la morphine, avec des doses très strictes à récupérer en pharmacie sous 48 h. Le manifeste est accessible uniquement pour les médecins sur un site réservé aux professionnels. Dimanche à 23h30, il y avait 700 signataires. Ils espèrent atteindre les 10.000 signatures.

Laura Taouchanov (avec Guillaume Dussourt)