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"On en vient à devoir trier les patients": cet hôpital psychiatrique souffre du manque de personnel

A Bailleul, aux pieds des monts des Flandres, celui que les habitants appellent encore parfois "l’asile" est une institution sur le territoire. Une ville dans la ville qui a compté jusqu’à 2000 patients.

Les assises de la psychiatrie et de la santé mentale s'ouvrent aujourd'hui et une annonce est particulièrement attendue pour les psychologues : le remboursement des séances. Une mesure préconisée par la Cour des comptes qui demande sa "généralisation dès que possible".

Mais un grand nombre de psychologues s'inquiètent, car ils craignent la mise en place d'un dispositif particulier, qui avait déjà été mis en place en test dans 4 départements depuis 2018, c'est-à-dire : 10 séances de 30 minutes, à 22 euros, prescrites par un médecin.

Au fil des années, la situation n’a cessé de se dégrader dans ce centre hospitalier spécialisé.

Cela fait 19 ans que Laeticia travaille dans cet hôpital. Aujourd’hui, sa deuxième maison a bien changé. "Ça n'a plus rien à voir et ça rend triste qu’un tel établissement soit en voie de disparition”, explique-t-elle.

Un sous-effectif criant

La faute au manque d’effectif. Le nombre de psychiatres a été divisé par deux en cinq ans. 

“On en vient à devoir trier les patients. C’est comme si on abandonnait les patients qui viennent nous demander de l’aide. On fait face à une recrudescence de scarification chez les ados. On a une patiente qui s’est suicidée sur une unité sur le site. Peut-être qu'elle ne serait pas passée à l’acte s’il y avait eu plus de personnels”, indique Laeticia.

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Un danger pour les patients donc qui ne sont pas pris en charge à temps, mais aussi pour tout le personnel soignant, lui aussi sous tension à l’hôpital. “C’est un soignant pour cinq patients”. Laeticia se rappelle qu’elle aurait pu être blessée par un patient alors qu’elle était seule avec lui.

“Il avait démonter l’antenne d’un poste de radio et m’avait dit, tu me détaches ou je te plante. Quand ça arrive, il nous faut du monde. Nous quelquefois, on en vient à faire appel aux forces de l'ordre, détaille-t-elle.

Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne quittera pas son travail pour autant. Elle combat dit-elle pour que la psychiatrie ne soit plus l’enfant pauvre de la médecine. 

Romain Poisot avec Guillaume Descours