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"On peut très vite basculer à un hôpital dégradé" alerte le Pr Jean-François Delfraissy

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, le Pr Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique, alerte sur la crise à l’hôpital. Et estime qu’il faut que les soignants passent plus de temps avec les patients.

Comment résoudre la crise de l’hôpital ? Pour le Pr Jean-François Delfraissy, ancien président du Conseil scientifique pendant le Covid et désormais président du Comité consultatif national d’éthique, "la réponse à la crise hospitalière va prendre du temps" et "il n’y a pas de solution miracle". "Le ministre actuel (François Braun, ndlr), qui est très volontaire pour essayer de résoudre cette question, va mettre du temps", prédit-il dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story. Et l’enjeu, selon le Pr Jean-François Delfraissy, est de donner la possibilité aux soignants de mieux accompagner les patients.

"L’innovation ne suffit pas, souligne-t-il. L’accès aux soins, et donc l’humanité dans le soin, est un élément totalement essentiel. Dans la machine économique que représente l’hôpital, on quantifie les gestes techniques. On quantifie beaucoup moins bien le temps d’humanité, c’est-à-dire le temps passé par une infirmière, une aide-soignante, un médecin, pour discuter avec les patients. Il y a une phrase qui revient dans notre avis: le temps des soignants est de plus en plus éloigné du temps des patients. Les temps ne se croisent plus."

"Cette crise de l’hôpital n’est pas seulement française, elle est internationale, ajoute le Pr Jean-François Delfraissy. Tous les grands pays européens ont exactement le même problème, les Etats-Unis aussi. Il faut se reposer la question: ne faut-il pas s’arrêter un peu et laisser le temps au temps dans nos équipes hospitalières ?"

"Le temps passé entre les soignants et les patients n’est pas suffisant"

Pour l’ancien président du Conseil scientifique, "on a un système de soins français qui tourne encore bien, mais il est en crise parce qu’il y a une désaffection des soignants qui souhaitent aller faire autre chose": "Ils sont dans un questionnement sur leur valeur. Nous soignons pour qui, pour quoi ? Est-on là uniquement pour des gestes techniques ? Est-ce que prendre le temps de discuter avec les patients est aussi essentiel ? On veut redresser la barre".

Et si la trajectoire ne s’inverse pas, l’hôpital français est en danger. "On est clairement à la limite d’un hôpital dégradé, estime le Pr Jean-François Delfraissy. Et attention, on peut très vite basculer, alors que l’égalité devant le soin était un fleuron de la vision française, à un hôpital dégradé, c’est-à-dire à une moins bonne prise en charge, y compris pour des choses très techniques. Le message, c’est de considérer qu’actuellement, le temps passé entre les soignants et les patients, n’est pas suffisant."

LP