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Pourquoi le prix du diesel peut encore augmenter avec le nouvel embargo sur le pétrole russe

Alors que les prix des carburants à la pompe augmentent, ce n'est pas prêt de s'arrêter, surtout pour le diesel, comme nous l'explique sur RMC l'économiste Philippe Chalmin.

Ça chauffe de nouveau à la pompe. Les prix des carburants repartent à la hausse, et se rapprochent une nouvelle fois de la barre des 2 euros le litre. Selon les chiffres publiés lundi par le ministère de la Transition énergétique, le gazole s'est vendu la semaine dernière au prix moyen de 1,91 euro le litre (+3.16 centimes) ; 1,90 euro pour le sans plomb 98 (+4.36 centimes) ; et 1,87 euro pour le SP95-E10 (+3.83 centimes).

Philippe Chalmin, économiste et professeur à l'université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières, était l'invité d'"Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story. Il estime que dans un futur proche le diesel devrait "assez probablement" passer la barre des 2 euros le litre, mais pas l'essence.

Le prix du baril de pétrole a un peu augmenté (86 dollars vendredi) et c'est "l'élément principal" qui explique la hausse des prix selon l'économiste, alors que le baril était passé il y a quelques semaines en-dessous de 80 dollars le baril. Mais il y a d'autres éléments inquiétants pour l'avenir, notamment pour les conducteurs de diesel.

"Courant février, il n'y aura plus de diesel russe"

Avec une date qui inquiète dans l'Union européenne: le 5 février, qui marque l'entrée en vigueur de l'embargo européen sur les produits pétroliers raffinés en provenance de Russie. "Nous avons déjà un embargo sur le pétrole brut depuis le 5 décembre, mais cela n'a pas énormément eu d'effet (sur les consommateurs)", note Philippe Chalmin, plus inquiet des conséquences du nouvel embargo à venir. Car l'UE a en effet une "énorme dépendance" sur les produits raffinés.

"Nous avons fermé dans les années 2010 des raffineries, car le raffinage n'était pas très rentable, et pour des motifs environnementaux. On a pris l'habitude d'importer des produits raffinés et notamment du diesel, qui nous manquait le plus, d'Ukraine et surtout de Russie. Nous importions de grandes quantités, jusqu'à un million de barils par jour. Ces flux vont donc s'interrompre à partir du 5 février, même si les transactions en cours vont se conclure", explique-t-il.

Du diesel russe, via la Chine ou l'Inde...

"Courant février, il n'y aura donc plus de diesel russe, et il va falloir acheter du diesel ailleurs, donc cela va coûter plus cher. Ce dont nous sommes tous à peu près certains, c'est que le différentiel entre diesel et essence va augmenter. S'il y a 4 centimes aujourd'hui, il y a de fortes chances que ça monte à 10 centimes, mais il faut rappeler le diesel était bien moins cher que l'essence", souligne-t-il, alors que cette différence était la motivation principale de nombreux consommateurs.

D'où va-t-on ainsi compenser cette perte d'importations venant des produits raffinés russes? La réponse peut surprendre, mais le salut viendra des produits... russes, mais indirectement cette fois. "Le diesel qu'on va importer va en effet venir de pays comme la Chine ou l'Inde, où c'est du diesel raffiné à partir d'importations de pétrole russe", détaille Philippe Chalmin, notant une certaine hypocrisie.

J.A.