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Crise de l'énergie, prix des carburants... la voiture électrique, vraiment une solution miracle?

Entre prix de l'électricité en hausse et pénurie de carburants, les automobilistes peuvent avoir du mal à faire leur choix de voiture. Si l'électrique a le vent en poupe, est-ce vraiment une bonne idée d'investir en ce moment sur ce type de véhicule? Enquête RMC signée Léna Marjak et Anthony Morel.

Elles seront les stars du Mondial de l'Auto qui s'ouvre, à Paris, cette semaine. Les voitures électriques ont le vent en poupe. D'autant plus avec les tensions dans les stations-services, prix des carburants en hausse. Pourtant, là aussi, la crise de l’énergie est présente et l’électricité augmente. Mais les zones à faible émission interdiront les voitures thermiques d'ici quelques années.

Est-ce qu'investir dans une voiture électrique aujourd'hui est une bonne idée? Sur une borne publique, c'est 3,90 euros à partir de 20 heures et huit à neuf euros en journée, explique Julien, propriétaire d'une Fiat 500 électrique. Ces bornes sont gérées par des entreprises privée qui fixent leur prix. Chez Tesla, les tarifs fluctuent en fonction du prix de l'électricité. Dernièrement, pour les voitures de la marque, le tarif était de 67 centimes le kilowattheure, contre 79 centimes pour toute autre voiture branchée sur leur borne.

"Ça coûte plus cher de faire 100 km en Zoe électrique sur autoroute (15 euros) que de le faire avec une Clio diesel (10 euros à deux euros le litre d'essence). La différence de tarifs est gommée par l'explosion des prix de l'électricité", explique François Xavier Piétri, journaliste économique et auteur d'un livre sur les voitures électriques.

RTE, le gestionnaire de transport d’électricité a rappelé dans un rapport publié en septembre. Que le risque de coupure "ne peut pas être totalement exclu" et que l'accès aux bornes par exemple dans les parkings pourraient être restreintes à une utilisation d’urgence" en heures pleines. Une idée qui doit faire son chemin selon les spécialistes de l'energie:

"C'est important que la recharge d'une voiture électrique, qui consomme pas mal, ne se fasse pas à l'heure de pointe à 19 heures en rentrant du travail mais plutôt à des heures où il y a moins de tensions sur le réseau, notamment pendant la nuit" explique Aurélien Bigo est chercheur dans la transition énergétique des transports.

Un déficit en bornes

À plus long terme, le marché est en train d'exploser. Au mois de septembre, il y a plus de ventes d’électriques que de diesel. Sauf qu'en terme de bornes de recharge, il risque d'y avoir un manque. Sur autoroute, l'attente peut être longue pour recharger son véhicule

"Le plan du gouvernement était de 100.000 bornes en 2021. On est à peu près à la moitié. Sur autoroute, on est à 5.000 bornes rapides. Donc on est très loin du compte" explique François Xavier Piétri.

Ceci dit, des choses sont mises en place. Par exemple, Mobilize Power Solutions installera 90 stations de recharge chez des concessionnaires Renault d'ici 2024 pour tous types de véhicules électriques.

"Cela permettra aux utilisateurs de faire Paris-Séville avec une borne tous les 150 km avec une zone d'attente pour se reposer, manger, travailler. Que la recharge ne soit plus vue comme une contrainte" explique Nicolas Schottey, le directeur général.

La recharge de sa voiture peut aussi se faire aussi à domicile. Et c'est moins cher. C'est ce que font 89% des propriétaires de véhicules électriques qui habitent dans une maison.

Des voitures "e-low coast"

Pour aider au passage à l'électrique, les innovations ne manquent pas. Acheter une voiture électrique coûte cher. Mais à l'avenir, certains modèles seront plus "low coast". C'est le cas du projet d’un constructeur bordelais qui s’appelle Gazelle Tech. Ils sont en train de faire homologuer une voiture électrique étonnante, fonctionnelle: une sorte de 2CV électrique.

D’abord, elle est ultra légère: les trois quarts de la consommation d’un véhicule sont liés à son poids. Ici tout a été optimisé: construite à base de matériaux composites et avec un assemblage ultra simplifié façon lego (le châssis compte dix pièces contre 300 pour un modèle classique, on le monte en une heure), elle pèse 900 kilos contre 1,5 tonnes pour une Zoe et 1,8 tonnes pour une Tesla Model 3. La batterie aussi est plus petite et la voiture a moins de puissance avec une vitesse maximale de 110 km/h.

Ainsi, la consommation électrique, qui s’exprime en kWh/100km (le nombre d’unités de batteries perdues tous les 100km) est à 6, ce qui extrêmement bas. Une petite citadine électrique est plutôt entre 13 et 15 et sur des SUV autour de 20. Ainsi, la consommation électrique aux 100km est bien moins chère. Cette voiture, plutôt destinée aux périurbains, pourrait – si homologation – rouler en 2024 au prix de 20.000 euros la voiture, ce qui est bas pour de l’électrique. D'autant plus qu'elle pourrait être assemblée dans des micro usines locales, près de l’acheteur.

Une recharge bivalente, des bornes ultra rapides

Une fois la voiture achetée, la recharge électrique peut aussi baisser en prix et les systèmes de charge bidirectionnels pourront aider. En d’autres termes, c'est une borne murale pour recharger sa voiture à la maison mais qui fonctionne dans les deux sens : on recharge la voiture, mais la voiture peut aussi alimenter la maison ou revendre une partie de l’électricité au réseau.

L’idée c’est de recharger la voiture la nuit, pendant les heures creuses: s’il vous reste de la batterie le soir pendant les heures pleines, quand il y a des pics de consommation, l’électricité de la voiture injectée dans la maison permettra de faire des économies, voire de la revendre. Cette technologie baptisée V2G (vehicle to grid, "du véhicule vers le réseau"), permet à la fois de faire des économies, et d’assurer une stabilité du réseau électrique, pour palier le caractère intermittent des énergies renouvelables.

Outre baisser le prix du réseau, le maillage des bornes va s'améliorer et surtout au niveau de la recharge rapide, qui permettent de recharger 80% des batteries d’une petite citadine en moins d’un demi-heure. Une startup israélienne, Storedot, qui travaille sur le sujet et une batterie électrique qui permettrait de récupérer 160 km en deux minutes de charge. Elle pourrait être lancée en 2024 et concrètement, on n’aurait pas à s’arrêter plus de temps que dans une station-service avant de repartir, ce qui serait révolutionnaire.

Léna Marjak et Anthony Morel