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Mortalité des cyclistes: "Le casque obligatoire serait une mesure de prudence"

Avocat spécialisé dans la défense des victimes d'accidents de la route, Me Vincent Julé-Parade prône l’obligation du port du casque face à la forte augmentation du nombre de cyclistes tués.

Comment protéger les cyclistes? Le nombre de personnes tuées à vélo a quasiment quadruplé selon le dernier bilan de la Sécurité routière, avec 22 victimes en mai 2022 contre 6 en mai 2019, avant le Covid. Pour Me Vincent Julé-Parade, avocat spécialisé dans la défense des victimes d'accidents de la route, rendre obligatoire le port du casque est l’une des solutions pour améliorer la protection des cyclistes.

"Il y a un grand débat là-dessus, explique-t-il dans ‘Apolline Matin’ ce mercredi sur RMC et RMC Story. Je suis plutôt un militant de l’obligation du port du casque. Quand vous êtes à vélo, la chute peut vous provoquer de graves lésions au niveau cérébral notamment. A mon sens, ce serait aujourd’hui une mesure de prudence. Les gens portent de plus en plus le casque à ski. A vélo, aujourd’hui, ça semblerait être une logique et pas simplement un conseil. Le casque ne protégera pas tout le temps. Mais ça ne peut être qu’un plus. Il ne faut pas voir ça comme une obligation qui va peser sur le cycliste, mais plutôt comme un moyen de le protéger."

"Les municipalités et les collectivités locales ont une responsabilité énorme"

Mais le casque, déjà obligatoire pour les moins de 12 ans, ne suffira pas pour éviter les drames. "La ville est une jungle. Les usagers vulnérables en payent le prix. Les municipalités et les collectivités locales ont une responsabilité énorme, sur l’infrastructure mais aussi sur le comportement" assure Me Vincent Julé-Parade.

"Le Covid aidant, on a voulu favoriser la place des cyclistes dans les centres urbains. Paris en est l’exemple. Mais on l’a fait de manière totalement anarchique, souligne-t-il. On a des infrastructures qui sont clairement dangereuses. On n’a pas pris le temps de préparer. Il y a des pistes cyclables, mais sont-elles véritablement sécurisantes pour les usagers ? Je ne crois pas. Je suis stupéfait aussi, quand je circule moi-même à vélo, de voir que tous les comportements d’incivilité, d’agressivité et de non-respect du code de la route, qu’on retrouvait avant chez les automobilistes, se transfèrent sur les usagers des deux roues."

"Je pense très clairement qu’il faut que nous travaillons sur la responsabilisions des cyclistes, ajoute Me Vincent Julé-Parade. Aujourd’hui, le code de la route vaut pour tous. Ne pas le respecter à vélo vous expose forcément à des risques. Il y a aussi le problème de la cohabitation. Des poids lourds en ville avec des cyclistes, avec les angles morts…" De multiples dangers pour une pratique en forte hausse.

Sécurité routière: "Il faut une reprise en main sérieuse"
Pour Me Vincent Julé-Parade, le dernier bilan de la mortalité sur la route (+21%) est forcément inquiétant. "Les mauvais chiffres ont commencé à pointer le bout du nez avant la crise du Covid, souligne-t-il. On a eu cette pause qui a faussé les chiffres. Là, on revient sur un palier, qu’on a connu aussi dans les années 90, avec un nombre de tués autour de 2.600-3.000, qui va peiner à baisser. C’est le résultat d’un désintéressement de la part des pouvoirs publics sur cette problématique. On a eu beaucoup de progrès sur le nombre d’accidents dus à la vitesse. On a eu de moins bons résultats sur l’alcool, notamment parce qu’on ne contrôle pas suffisamment. On a aujourd’hui de nouvelles causes d’accidents qui apparaissent, comme l’usage des nouvelles technologies au volant. On sait qu’on a encore la possibilité de diminuer et des pays autour de nous le démontrent. Ce qu’il faut, c’est une reprise en main sérieuse de ce dossier."

LP