RMC

Panneaux illisibles, lignes blanches effacées… nos routes se dégradent et deviennent dangereuses

Le Syndicat des équipements de la route publie un livre blanc à l'occasion de la journée de la sécurité routière, ce jeudi, pour proposer plusieurs solutions à la dégradation de l'état de nos routes. Des routes dégradées qui peuvent être à l'origine d'accidents. RMC a rencontré un automobiliste sérieusement blessé dans un accident causé par une mauvaise signalisation.

C'est une des causes d'accident dont on parle le moins: le mauvais état des routes secondaires. Il y a urgence à les rénover, alerte le Syndicat des équipements de la route (SER), qui a publié un livre blanc à la veille de la journée nationale de la sécurité routière, ce jeudi. Dans ce livre, des propositions (voir en bas de l'article) pour enrayer la hausse de la mortalité routière liée aux routes dégradées et aux panneaux de signalisations défectueux. Une route sur deux en France ne dispose pas de marquage au sol (ce qui n'est pas obligatoire en France), et 30 à 40% des panneaux de signalisations ont dépassé leur durée de vie. Il faut dire que le budget alloué au patrimoine routier a baissé de 60 millions d'euros entre 2012 et 2014 (il représente 440 millions aujourd'hui), alors que la France compte un million de kilomètres de route.

"Les panneaux sont de plus en plus illisibles, les lignes de blanche sont de plus en plus effacée, les glissières de sécurité de plus en plus dégradées, pointe Julien Vick, délégué général du SER ce jeudi dans Bourdin Direct. Tout ça participe à un climat anxiogène. Alors que depuis deux ans le nombre de tués sur les routes ne cesse d'augmenter. Il faudrait se poser des questions. Mais l'État se désengage".

Six opérations et un suivi psychologique

Sauf que la dégradation des routes et des équipements peut avoir des conséquences graves pour les automobilistes. RMC a rencontré Primael Troukens, chômeur de 38 ans qui habite le Loiret et qui a eu un grave accident il y a deux ans à cause d'un panneau stop mal placé et laissé à l'abandon. Cet accident, il s'en souvient comme si c'était hier. "C'était un 27 février 2014 à 13h07, je venais de manger avec ma compagne et je rentrais comme tous les jours à la maison par cette route. Il y a un carrefour avec un stop, mais avec une mauvaise visibilité, on est obligé d'avancer le nez de la voiture pour voir quelque chose". Au moment où il s'engage, une voiture le percute. Depuis, Primael a subi six opérations pour sa jambe cassée, et est suivi par un psychologue. "Il y a deux jours je suis retourné sur les lieux de l'accident avec la peur. Le stop est toujours là, au même endroit, il n'y a rien qui a changé depuis. Pour un stop, imaginez ce qu'on peut détruire comme vie".

Victime sans coupable

Un trou béant dans le bitume, une ligne blanche effacée... En cas d'accident, la victime est bien souvent démunie devant les tribunaux, comme l'explique Jehanne Collard, avocate spécialiste de l'insécurité routière. "Si vous avez eu l'accident seule, malheureusement vous ne pourrez porter plainte contre personne, parce que vous ne pourrez pas démontrer que la dangerosité avait été signalée aux autorités par un rapport, que donc les élus avaient connaissance de ce problème et que c'est en connaissance de cause qu'ils n'avaient pas agis". Le Syndicat des équipements de la route demande d'urgence un rapport sur l'état des routes françaises pour baisser la mortalité routière.

Quelques-unes des propositions du SER:

- que l’état des routes soit pris en compte dans les rapports d’accidentalité - généraliser les enquêtes techniques indépendantes à l’ensemble des accidents de la route

- organiser une opération nationale de remplacement de la signalisation routière installée sur le territoire depuis plus de 20 ans

- établir une cartographie annuelle de l’état des routes et de ses équipements

P. gril avec JJ. Bourdin et Quentin Pommier