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Rouler à 110km/h pour l'environnement? Une "bêtise", selon Pierre Chasseray

Après la prise de position du climatologue Jean Jouzel, en faveur d’une baisse de la limitation de vitesse de 130 à 110 km/h, Pierre Chasseray était invité à donner son point de vue sur le sujet dans l’émission Estelle Midi, sur RMC et RMC Story.

Abaisser la limitation de vitesse sur autoroute dans le but d’économiser et de réduire les émissions de CO2. Si pour le climatologue Jean Jouzel, “c'est une mesure de bon sens d'inciter à cela dans un contexte de sobriété”, l’idée attire les foudres de Pierre Chasseray, le délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes.

“J’ai entendu tellement de bêtises dans les propos de Jean Jouzel, que j’ai frôlé l’infarctus du myocarde. Il devrait rester climatologue, ça lui va très bien. Mais qu’il ne s’improvise pas connaisseur de la sécurité routière puisque manifestement, il ne l’est pas”, a lancé Pierre Chasseray.

Pour casser la prise de position du climatologue, Pierre Chasseray estime que la référence de vitesse utilisée dans cet argumentaire n’est pas la bonne. “Sur les autoroutes françaises, il ne faut pas considérer l’effet d’une baisse de 130 km/h à 110 km/h en disant : nous baissons de 20 km/h, voilà le gain”, débute-t-il.

Selon lui, il faut plutôt se concentrer sur la vitesse moyenne pratiquée sur autoroute. “Sur les autoroutes françaises limitées à 130, c’est 118 km/h. C’est à dire qu’en France, les automobilistes ne roulent pas à 130 km/h de moyenne, mais à 118. Si vous baissez la limitation à 110 km/h, déjà le gain ne peut pas être de 20 km/h puisqu’on part de 118 (et non de 130 km/h). Au mieux on aura 8”, décrypte Pierre Chasseray.

Et à ses yeux, le calcul est alors totalement différent. “Si demain vous portez la limitation de vitesse généralisée à 110 km/h, la vitesse moyenne des Français restera autour de 115-118 km/h. Donc il n’y aura pas de gain en termes de CO2, pas de gain en terme de quoi que ce soit car le comportement restera adapté aux conditions de sécurité, et aux conditions de circulation”, explique le délégué général de l'association d'automobilistes.

L’exemple danois

Pour appuyer ses propos, Pierre Chasseray a fait la démonstration d’un cas selon lui similaire, dans un pays où la sécurité routière est d’ailleurs meilleure qu’en France : le Danemark.

Sur les autoroutes rurales danoises, la limitation de vitesse a été augmentée en 2004, passant de 110km/h à 130 km/h. Un changement de limitation qui n’a eu aucun effet sur la vitesse moyenne des usagers de la route danois, selon Pierre Chasseray.

“Lorsque c’était limité à 110 km/h, la vitesse moyenne des automobilistes était de 115 km/h. Ils roulaient en moyenne 5 km/h au-dessus de la limitation de vitesse. Depuis qu’ils sont passés à 130km/h, la vitesse moyenne est de 115 km/h aussi. Ce qui veut dire que l’aspect limitation de vitesse n’a pas d’effet sur la vitesse pratiquée”.

Le changement de limitation de vitesse serait donc inutile aux yeux de Pierre Chasseray, ce dernier estimant même que “c’est un faux débat car Jean Jouzel et les écologistes jouent de cet argument où ils calculent l’effet théorique d’un véhicule à 130 et à 110 pour les comparer, comme ils l’avaient fait sur les 80-90 km/h”.

D’ailleurs, pour le délégué général de 40 millions d’automobilistes, “il n’y a pas (eu) d’effet sur les 80-90 km/h. Pourquoi? Parce que la vitesse moyenne avant les 80 km/h, c’était 82, et qu’aujourd’hui depuis le 80 la vitesse moyenne… c’est toujours 82 km/h. Cela n’a rien changé”.

Alexis Lalemant