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Vitres cassées, pneus crevés, fils harcelé et passé à tabac… femme de CRS, je vis un enfer

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Ce samedi, les familles des policiers et gendarmes se rassemblent sur l'esplanade du Champ de Mars, à Paris, pour dénoncer les conditions de travail, le manque de considération et de moyens des forces armées. Parmi elles, Jessica qui raconte son quotidien de femme de policier. Elle fait part notamment de l'enfer vécu par sa famille et les humiliations de son fils à l'école primaire et au collège.

Jessica est épouse, fille et petite-fille de fonctionnaires de police:

"L'idée du rassemblement de ce samedi est de changer le regard des citoyens sur les forces de l'ordre. Parce qu'aujourd'hui dès qu'il y a un souci avec un effectif des forces de l'ordre, ce sont toutes les forces de l'ordre qui sont ensuite visées. Or, ce n'est pas parce qu'il y a une mauvaise intervention que tous les policiers ou les gendarmes font des mauvaises interventions. On l'a bien vu au moment de l'affaire Théo: toutes les forces de l'ordre ont été ensuite prises pour cible alors même que l'enquête n'avait pas été terminée.

Moi, mon mari est CRS et ce que je veux dire aujourd'hui, et c'est pour cela que l'on se mobilise, c'est que derrière chaque uniforme, il y a des hommes et des femmes comme les autres. Il ne faut pas l'oublier. On a l'impression que pour certaines personnes les forces de l'ordre ne sont là que pour taper sur les autres. C'est en tout cas le ressenti que j'ai. Mais non! Les policiers ne sont pas là que pour ça. Ils sont aussi là pour secourir, aider et défendre s'il y a besoin de défendre.

"Ça devient vraiment invivable pour les enfants"

Etre femme de policier, ce n'est pas évident tous les jours. Nous, on a été obligés de déménager de notre petit village de Loire-Atlantique car certains voisins ont su que mon mari était fonctionnaire de police. On s'est fait crever les quatre pneus de la voiture avec à chaque fois trois coups de cutter. Deux mois après, un homme est venu casser nos fenêtres à coups de masse. Mon fils, à l'époque en CM1, s'est fait harceler et passer à tabac pendant un voyage scolaire parce qu'il était fils de flic. On l'a changé d'école mais le harcèlement a recommencé. Aujourd'hui, il est en 6ème mais il ne va plus au collège depuis le mois de janvier en raison de ce harcèlement.

Ça devient vraiment invivable pour les enfants. A tel point que l'on est obligé de leur dire de ne pas dire ce que leur père fait comme métier. On leur apprend à ne pas le dire parce qu'on s'est très bien que derrière ils auront des représailles. C'est terrible mais c'est du vécu. Et ce genre d'histoire ne nous arrive pas qu'à nous. Toutes les femmes de policiers me racontent le même genre d'anecdotes. C'est pour ça que je voudrais que le regard sur nos hommes et nos femmes change. Qu'on arrête les violences envers eux et que l'image de la police redevienne ce qu'elle était car je trouve qu'elle s'est bien dégradée.

"Tant qu'ils en auront besoin, on sera avec eux"

Mon père est retraité de la police mais, quand j'étais petite, on était fiers de dire que nos pères étaient policiers, gendarmes, militaires ou pompiers. Maintenant, cette fierté on est obligés de la cacher. J'ai 34 ans, je suis moi-même entrée dans la police et quand ça a été le cas, j'ai dû le cacher. J'avais des amis depuis le collège avec qui ça se passait très bien mais, quand ils ont su que j'étais entrée dans la police, ils m'ont tourné le dos. Ils m'ont insulté et me lançaient des choses sur ma voiture quand je passais dans le quartier.

C'est pourquoi aujourd'hui nous nous rassemblons pour remercier les fonctionnaires de police, leur montrer que nous sommes fiers d'eux. On veut leur montrer que malgré les insultes il y a des gens qui les soutiennent et qui le feront le plus longtemps possible. Tant qu'ils en auront besoin, on sera avec eux".

Maxime Ricard avec Pierre Gallaccio