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Procès France Télécom: "A quoi ça sert d'être un chef si vous n'assumez rien?"

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Les anciens dirigeants de France Télécom ont "recherché la déstabilisation des salariés": le parquet de Paris a commencé vendredi après-midi à présenter ses réquisitions, accablant les prévenus jugés pour "harcèlement moral", dix ans après des suicides d'employés.

"Quel dommage, Didier Lombard, déplore Françoise Benezech, la procureure, qu'un esprit organisé comme le vôtre ait été mis au service d'un seul impératif". Dès le début de son réquisitoire, la magistrate attaque l'ancien PDG de France Télécom. "Vous allez faire jurisprudence", assure la procureure, qui dénonce un "harcèlement managérial" global au profit de la suppression de 22.000 emplois entre 2005 et 2008. "C'est trop facile, explique-t-elle, de refaire l'histoire 13 ans plus tard parce que la vérité vous dérange".

La magistrate accuse l'équipe dirigeante de France Télécom d'avoir mis en place un système de déstabilisation des salariés au détriment des "vies humaines". Au point, explique-t-elle d'avoir créé une école de management en 2006 pour "faire faire le sale boulot". Quitte à promouvoir en formation le seppuku management, une méthode qui consiste à culpabiliser le salarié pour qu'il démissionne. Le seppuku, explique-t-elle, c'est l'équivalent du hara kiri, "un suicide d'honneur en contexte de guerre. Je n'invente rien je l'ai vu dans le programme de formation". Depuis le début de l'audience, la ligne de défense des prévenus n'a pas varié. Ils ont justifié les plans Next et Act au regard de contraintes non négociables financières et technologiques. "A quoi ça sert d'être un chef si vous n'assumez rien?", attaque la procureure. Murmures d'approbations dans les rangs des partis des civiles.

"Quand les paroles vont toutes dans le même sens, ce ne sont pas des gaffes"

La magistrate fait ensuite référence au discours du 20 octobre 2008 de Didier Lombard dans lequel il déclarait "il faut qu'on sorte de la maison poule (...) on ne va pas faire dans la dentelle." Des propos qualifiés de gaffe par le PDG pendant le procès. "Non M. Lombard, ce n'est pas une gaffe, affirme la procureure, quand les paroles vont toutes dans le même sens, ce ne sont pas des gaffes, ça vient du cœur".

Et de conclure qu'aujourd'hui, l'ensemble des prévenus peuvent qualifier ainsi leurs agissements "le harcèlement moral est mon métier". Une référence chargée de sens. Puisqu'elle reprend le titre du roman "La mort est mon métier" de l'écrivain français Robert Merle. Un roman qui raconte les pseudos mémoires d'un commandant nazi du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz.

Marion Dubreuil