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"Il y a une pénurie de bouteilles": la souffrance des vignerons face à la crise

Invitée de "Charles Matin" ce vendredi sur RMC, la viticultrice Valérie Guérin a expliqué les problématiques du secteur qui connaît une crise sans précédent, entre hausse des matières premières, manque de main d'œuvre et crise climatique.

Entre crise climatique, Covid et inflation, le monde viticole vit une crise presque sans précédent. Domaines en difficulté, prix en augmentation,… Invitée de "Charles Matin", ce vendredi sur RMC, la viticultrice Valérie Guérin, à la tête du Domaine des Mille Vignes dans le Languedoc, a témoigné de cette période compliquée et a insisté sur la souffrance que les vignerons français connaissent face à cette crise.

Premier problème pour eux, la pénurie de bouteilles de vin. "Elles ont augmenté de 25 à 30% en moins d'un mois." Un surcoût qui est "absorbable", selon Valérie Guérin, quand les domaines font "des vins qualitatifs", plus chers, comme son domaine. Mais ce n'est pas le cas de tous les vignerons.

De plus, l'absence de bouteille au moment du procédé d'embouteillage "peut poser de graves problèmes d'altération de la qualité du vin", note la vigneronne: "On ne peut pas être dans l'attente. C'est comme les vendanges, si le raisin est mûr, on ne peut pas attendre la sûr-maturité".

Un problème de main d'œuvre

Le problème est de toutes façons plus global. "On souffre de la hausse des coûts des énergies, le manque de matières premières, de matières sèches", juge Valérie Guérin. Autre problème pour les viticulteurs, la pénurie de main d'œuvre locale, notamment de main d'œuvre qualifiée.

"Personne n'est disponible localement, alors il y a une ouverture vers une main d'œuvre des pays de l'Est, de l'Europe du Sud. On trouve pour les vendanges, car cela ne nécessite pas une ultra qualification, mais pour d'autres tâches, le reste de l'année, cela devient plus compliqué."

Valérie Guérin pointe aussi le fait que les jeunes qui sortent d'école viticole, "préfèrent partir à l'étranger, dans l'hémisphère sud, plutôt que de rentrer travailler sur nos territoires, vers nos terroirs."

De mauvais choix?

Parmi les problèmes plus ponctuels, liés à la crise Covid, le remboursement des prêts garantis par l'État (PGE). Un problème car contrairement aux restaurateurs, les viticulteurs ont des coûts fixes: ils doivent vendanger et mettre en bouteille qu'ils vendent leur vin ou non. Valérie Guérin estime qu'il serait "bien d'étaler (les remboursements) davantage dans le temps".

Mais elle estime aussi que certains domaines qui ne peuvent pas rembourser "payent aussi de mauvais choix stratégiques": "Notre choix d'être sur un créneau très haut de gamme, le peu (de production) ultra qualitatif, marche et on peut absorber davantage".

Pour soutenir ce secteur, le deuxième de l'économie française en terme d'excédant commercial après l'aéraunotique, "il faut des aides" et une volonté politique. "(Emmanuel) Macron est venu nous voir au Salon des Vignerons. Il y a un réel intérêt pour le monde viticole", espère-t-elle. Sans quoi, certains vins vont voir leur prix augmenter.

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC