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"On nous demande des hausses de 22%": quand des marques imposent aux distributeurs des augmentations

Didier Duhaupand, président du groupe Les Mousquetaires, propriétaire des magasins Intermarché, dénonce sur RMC ce mercredi les demandes de certaines marques notamment Danone et Mars, qui imposent des hausses de prix abusives sur certains produits.

Il y a l'inflation, et il y a les demandes de certains groupes. Depuis quelques semaines, Intermarché retire l'eau des marques du groupe Danone (Evian, Badoit, Volvic) dans certains de ses magasins. Selon BFMTV, "quatre magasins Intermarché sur dix n’a plus d’eau du groupe Danone". La raison? un choix délibéré de la direction du groupe Les Mousquetaires à qui appartient Intermarché: "Certains industriels de l'agro-alimentaire profitent de ces circonstances pour augmenter leurs tarifs plus qu'ils ne le devraient. Et nous on dit non", explique ce mercredi sur RMC Didier Duhaupand, le président du groupement Les Mousquetaires.

"Danone, le groupe Mars et d'autres entreprises profitent des circonstances pour mettre des hausses pas raisonnables du tout", tacle-t-il. Dans ses usines, avec la hausse des coûts de revient, Didier Duhaupand estime que la hausse des prix sur les produits finis doit tourner autour de 8%: "On nous a demandé des hausses de 22% sur les bouteilles d'eaux minérales et gazeuses. Après des rencontres, nous avons baissé de moitié mais on trouve que c'est toujours trop".

"Leur état-major a décidé qu'il fallait augmenter les dividendes des actionnaires"

Didier Duhaupand évoque des pressions exercées par Danone qui livre désormais à moitié les magasins Intermarché: "C'est un bras de fer et ce bras de fer, nous sommes tout à fait disposés à le mener". Il tacle également le groupe Mars qui demande des hausses de prix trois fois supérieures.

"Pourquoi? Parce que l'état-major du groupe Mars ou l'état-major de Danone a décidé qu'il fallait augmenter les dividendes des actionnaires et ils en profitent. Et bien nous, nous disons 'non, ce n'est pas possible'. Il faut rester dans ce qui est 'entendable' et supportable pour le consommateur. De toute façon, quand les prix augmentent de façon extraordinaire, les clients finissent par se détourner. Donc ce qui aura été gagné auprès de certains autres distributeurs, ils le perdront en volume", explique Didier Duhaupand.

D'autres produits vendus volontairement plus cher

Mais il y a d'autres produits sur lesquels le groupe Les Mousquetaires consent à augmenter les prix. C'est notamment le cas du lait: "Il faut s'occuper du monde agricole et des producteurs de lait qui subissent des contraintes absolument épouvantables", assure Didier Duhaupand en expliquant son souhait de vouloir "être exemplaire".

"Nous avons demandé aux agriculteurs qui livrent notre laiterie le prix qu'ils souhaitaient. Ils nous ont répondu 51,3 centimes et nous l'avons appliqué à notre laiterie. Nous avons annoncé aux autres industriels que nous allions mettre le lait à 95 centimes dans nos rayons et faciliter les discussions. Mais ces industriels n'ont même pas voulu venir aux réunions tripartites. Ces grands industriels ne veulent pas faire preuve de transparence sur le prix qu'ils payent aux agriculteurs" ", assure le président du groupe Les Mousquetaires.

"Il faut dire aux consommateurs et au monde agricole ce qui se passe", ajoute Didier Duhaupand. Une stratégie qui marche à moitié avec le consommateur concède-t-il, observant deux réactions: "Il y a ceux qui sont choqués parce que tout augmente et ceux qui nous félicitent en estimant qu'on a raison".

Tensions sur les granulés de bois

Les prix montent aussi sur les granulés de bois, utilisés pour se chauffer: "On a du mal à s'approvisionner, nous avons d'énormes difficultés, et quand on est en manque, les prix montent forcément, mais il nous en reste", assure-t-il.

Pour faire baisser les prix, il veut aussi miser sur la sobriété énergétique, expliquant y travailler depuis plusieurs années se voulant exemplaire. Et Didier Duhaupand assure que "le gros du travail a déjà été fait", notamment sur les fours et l'éclairage LED.

Guillaume Dussourt