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Prix de l'électricité: "Ça fait des années que les fournisseurs se gavent"

Les fournisseurs d'énergie sont-ils les grands gagnants de l'explosion des tarifs de l'électricité? C'est ce que dénoncent l'exécutif et les artisans.

L'idylle entre l'exécutif et Total Energies semble consumée. Après avoir refusé toute taxe sur les superprofits du groupe énergétique, le gouvernement tape désormais du poing sur la table et vise l'entreprise, parmi d'autres, en appelant les fournisseurs d'électricité à faire un geste. Jeudi, Emmanuel Macron en a remis une couche en dénonçant les factures d'électricité excessives appelant les artisans à renégocier leurs contrats pour sauver boulangeries et restaurants.

Un coup de pression insuffisant, juge ce vendredi sur le plateau des "Grandes Gueules" l'économiste Thomas Porcher: "Emmanuel Macron se plaint mais il a le droit de choisir de prendre le surplus pour sauver les artisans, EDF est public à 80%", rappelle-t-il sur RMC et RMC Story.

"Il fallait anticiper"

"Aujourd'hui, tout le monde pleure mais il fallait anticiper, c’était Loïc Le Floch-Prigent qui nous le disait début décembre. On ne devait pas taxer les superprofits parce que c'était super comme le disait Stéphane Manigold. Et six mois après, il vient pleurer parce que les factures sont énormes, il fallait anticiper", martèle l'économiste.

Les fournisseurs se défendent de profiter de la situation mais le gouvernement et les restaurateurs ne sont pas les seuls à les pointer du doigt. C'est notamment ce qu'assure Alexandre, qui a travaillé dix ans chez EDF, du côté producteur d'électricité donc, et travaille désormais chez Enedis, le gestionnaire public du réseau. "Ça fait des années que les fournisseurs se gavent et les présenter comme boucs émissaires, c'est pousser le cynisme un peu loin", assure-t-il aux "Grandes Gueules".

Une concurrence artificielle imposée par l'Europe?

La faute selon lui de la concurrence imposée par l'Union européenne en 2007 alors que jusqu'ici, la France bénéficiait de son indépendance énergétique avec des prix abordables grâce au nucléaire. "L'Union européenne assurait que les prix allaient baisser mais ça ne s'est pas passé comme ça. Aujourd'hui, les fournisseurs alternatifs n'ont pas de moyens de production, et n'investissent pas dans les moyens des centrales. Ils n'ont pas de frais. Ils achètent le courant et le revendent juste", explique Alexandre.

Or, ce courant est acheté à un prix plus qu'abordable à EDF, forcé par l'Arenh (un dispositif qui permet aux fournisseurs de bénéficier d’un tarif fixe à l’achat d’électricité produite dans les centrales nucléaires) un dispositif étatique qui fixe le prix du mégawat, à un prix inférieur à ce qu'il coûte à produire. "Cette concurrence est artificielle", assure le technicien, estimant qu'elle a pu être encouragée par les lobbyistes de Total notamment.

Le prix de l'électricité à l'intérieur du marché européen commun est fixé par le coût de production de la dernière centrale utilisée pour satisfaire une demande. En général, les sources de production les moins chères, nucléaires et renouvelables, sont utilisées en premier, avant le charbon et le gaz, très cher actuellement. Ainsi, le prix de l'électricité en France est souvent déterminé par une centrale à gaz, souvent située en Allemagne, où l'on a renoncé au nucléaire.

G.D.