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Des stars victimes d'un producteur: il y a 5 ans, l'affaire Weinstein déclenchait le mouvement MeToo

Le mouvement féministe #MeToo est apparu le 5 octobre 2017 après les révélations de deux journaux américains sur les accusations contre Harvey Weinstein, le célèbre producteur de cinéma.

Le 5 octobre 2017, un article retentissant paraissait dans le New York Times signé Jodi Kantor et Megan Twohey. Il accusait Harvey Weinstein, le producteur le plus célèbre d’Hollywood, de viols et d’agressions sexuelles sur plusieurs actrices. Quelques jours plus tard, un second article plus accusateur encore est publié par le New Yorker signé par Ronan Farrow, journaliste qui est aussi le beau-fils de Woody Allen.

L’affaire a aussitôt un retentissement mondial. Le hashtag MeToo est lancé le 15 octobre par Alyssa Milano, actrice italienne, elle-même victime d‘Harvey Weinstein. Et les témoignages se multiplient. À la fin du mois d’octobre, on recense environ 90 femmes qui disent avoir été agressées. Parmi elles, les plus grandes stars du cinéma: Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Salma Hayek ou les Françaises Emma de Caunes, Judith Godrèche, Léa Seydoux. Les faits se sont passés à Los Angeles, à New York, à Paris, à Cannes. Chez lui, dans des chambres d'hôtel, dans des voitures…

Harvey Weinstein ne conteste pas les accusations. Il présente des excuses et se met en retrait. Il est renvoyé par son frère de leur société de production et deux ans plus tard, il est jugé à New York. Weinstein est condamné à 23 ans de prison et aussitôt incarcéré à la terrible prison de Ricker Island. Il n’a pas le droit de demander une liberté conditionnelle avant 2039. Il aura alors 87 ans. Sauf qu’il attend aussi un autre procès en Californie où il risque 140 ans de prison pour plusieurs viols. Et les Anglais demandent aussi à le juger pour plusieurs faits. Bref, Weinstein risque bien de mourir en prison.

L'affaire PPDA, comparable?

En France, une seule affaire peut être comparée à l’affaire Weinstein, c’est l’affaire PPDA. Comparable par le nombre des témoignages. 90 dans l’affaire Weinstein, 90 dans l’affaire Poivre d’Arvor. 90 femmes qui se sont manifestées auprès du collectif des plaignantes, d'après le dernier décompte de Cécile Delarue, une des coordinatrices de ce comité.

L’écrivaine Florence Porcel a recensé 19 plaintes, dont neuf pour viols, dont un sur mineur. 31 femmes ont été entendues par la police. Mais à ce décompte, il faut ajouter les deux dernières plaintes reçues la semaine dernière par les enquêteurs.

La journaliste Hélène Devynck dénonce l’impunité dont bénéficie PPDA. C’est même le titre de son livre. Hélène Devynck, qui elle-même a porté plainte pour viol, fait parler des dizaines de victimes. La plupart sont journalistes ou écrivaines, plusieurs étaient anorexiques, beaucoup étaient fragiles. Et les faits se sont souvent déroulés dans le bureau de PPDA à TF1. Les témoignages recueillis dans ce livre sont terrifiants et accablants. Hélène Devynck raconte l’humiliation, la sidération, la violence, et la difficulté de témoigner à cause de la puissance, de l’influence, de l’entregent du présentateur vedette.

Cependant, la plupart des faits dénoncés sont couverts par la prescription. Et c’est la grande différence entre l’affaire Weinstein et l’affaire Poivre d’Arvor. Il n’y a pratiquement plus de prescription aux États-Unis en matière de crime sexuel. En tout cas, plus en Californie. Alors qu’en France, la justice a jugé que presque toutes les plaintes déposées contre PPDA concernaient des faits trop anciens pour être jugés. Toutes, sauf une déposée par l’écrivaine Florence Porcel qui est actuellement instruite par deux juges d’instruction.

Au printemps dernier, la cour d’appel de Versailles a demandé à ces juges d’élargir leur enquête. En évoquant une "sérialité" des faits. C’est-à-dire que si l’on a un auteur unique, un mode opératoire similaire, un même profil des victimes, alors la sérialité peut annuler la prescription.

On en est là. Le dossier n’est donc pas clos juridiquement. Il faut rappeler que Patrick Poivre d'Arvor n'est pas mis en examen, qu’il est présumé innocent et qu’il conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés. Autrement dit, il affirme avoir affaire à 90 menteuses.

Nicolas Poincaré