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Guerre en Ukraine: pourquoi la reprise de Kherson est une défaite majeure pour l'armée russe

L'armée russe s'est retirée de Kherson, laissant l'armée ukrainienne entrer en grande gagnante dans la ville. Mais les Russes sont partis en prenant soin de piller la ville et en coupant l'eau et l'électricité. Insuffisant cependant pour effacer les conséquences de cette lourde défaite, la troisième d'ampleur depuis le début de la guerre.

C’est une défaite majeure pour l'armée russe, et une défaite sans combat. Les forces russes ont quitté la ville de Kherson sans se battre. On avait imaginé un siège comparable à celui de Stalingrad pendant la deuxième guerre mondiale, ou bien une bataille féroce comme celle de Marioupol au printemps dernier. On soupçonnait les Russes d'être prêt à utiliser une "bombe sale" et on pensait que c’était pour cela qu’ils avaient évacué la plus grande partie de la population. Et finalement, rien de tout cela n’a eu lieu. L'armée russe a juste quitté la ville.

Ce week-end, on a assisté des scènes de liesse à Kherson. Mais pas de très grande ampleur puisqu’il ne reste pas plus de 100.000 habitants sur les 300.000 que comptait la ville avant la guerre.

Ceux qui sont restés malgré les ordres d'évacuation des autorités russes sont forcément les plus favorables aux Ukrainiens. Ils ont donc accueilli avec joie les premiers détachements de l'armée ukrainienne.

Remy Ourdan, l’envoyé spécial du journal Le Monde, décrit des habitants en larmes, des jeunes filles qui serrent les soldats dans leurs bras et des enfants qui agitent des drapeaux. Des habitants qui pour la plupart n’ont pas osé sortir de chez eux pendant les huit mois et demi d’occupation.

Depuis dimanche, ces habitants racontent aux journalistes la peur des Russes, les humiliations, voire les sévices et les tortures que certains ont subis. Le président ukrainien Volodymyr Zelenski a dénoncé cette nuit les atrocités commises par les troupes d’occupation.

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La ville pillée par les Russes

La ville est libérée mais elle reste pour l’instant privée d'électricité, d’eau, de téléphone, et elle manque de nourriture. Les Russes sont partis en coupant totalement le courant à la fin de la semaine dernière.

Ils ont emporté tout ce qu’ils pouvaient emporter. Les magasins ont été vidés, des maisons pillées, des tracteurs volés. Même l'hôpital a été dévalisé. Et le principal musée de la ville a été entièrement vidé, les œuvres d’art ont été emportées en vrac, sans précaution particulière pour les protéger.

Et puis à la cathédrale, les autorités russes ont aussi ouvert un tombeau pour partir avec les restes de Grigori Potemkine, l’amant et le général en chef de la tsarine Catherine II au 18e siècle. A la tête de l'armée impériale, c'est lui qui avait conquis le Sud de l'Ukraine et fondé la ville de Kherson dans les années 1780. Les Russes n’ont pas voulu laisser aux Ukrainiens la dépouille de ce héros national.

Une victoire ukrainienne stratégique et psychologique

Les conséquences de cette défaite à Kherson peuvent être considérables. D’abord, la défaite enterre définitivement le rêve de Poutine de conquérir tout le Sud de l’Ukraine jusqu'à Odessa et à la Moldavie. Cet objectif, les Russes peuvent l'oublier.

A l'inverse, en prenant Kherson, les Ukrainiens se rapprochent de la Crimée et peuvent rêver de reconquérir un jour la péninsule annexée par les Russes en 2014. Et d'ores et déjà, ils contrôlent un canal qui achemine vers la Crimée l’essentiel de son eau potable. Les Ukrainiens ont les moyens de couper le robinet à la Crimée.

Mais c’est surtout psychologiquement que la défaite sera rude pour les Russes. Les images de liesse d’une ville libérée vont avoir un impact positif énorme sur le moral des troupes ukrainiennes et un impact négatif considérable sur le moral des soldats russes. Même s’il contrôle les médias, Vladimir Poutine ne pourra pas empêcher que les Russes voient ces images du drapeau ukrainien flottant de nouveau sur Kherson…

Et les Russes ne sont pas idiots, ils savent que Poutine avait annexé cette ville le 30 septembre, ils vont comprendre que son abandon six semaines après seulement est bien une défaite humiliante, et non pas un repli tactique comme le dit le commandement russe. La troisième grande défaite, après les retraits à Kiev et à Kharkiv…

Nicolas Poincaré