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Marseille, poubelle la vie: le collectif qui ne veut pas laisser la ville dans cette crasse

Une rue de Marseille.

Une rue de Marseille. - Facebook - Marseille: poubelle ma vie

Ras-le-bol des poubelles et de la saleté. Un collectif marseillais réunissant 10.000 personnes réclame des mesures pour que la ville devienne propre et saine. RMC.fr a joint celle qui est à l'origine de la fronde anti-saleté.

Sarah Bourgeois est à l'origine, avec son amie Karine, du collectif "Poubelle: la vie", qui vient de lancer ce mardi sur change.org une lettre ouverte au maire de la ville, Jean-Claude Gaudin.

"Cet été, quand je suis rentrée sur Marseille après un voyage à l'étranger, j'ai fait un post sur mon mur Facebook pour m'étonner de l'odeur d'égout qui régnait dans la ville et de cette crasse absolue. Je le fais fréquemment, mais là je ne sais pas pourquoi, j'ai eu l'équivalent de 400 messages dans la journée de personnes qui elles-mêmes se plaignaient de l'état de la ville. A partir de là, une amie m'a proposé d'aller plus loin.

Le groupe 'Poubelle ma vie' a été créé sur Facebook avec pour but de récolter un maximum de témoignages et de photos de Marseillais. Il y a eu un élan citoyen spontané et les gens se sont mis à poster encore et encore des photos de poubelles qui débordent, de rats de détritus… à tel point qu'on a 2.500 photos en bibliothèque. Il y a eu un effet boule de neige puisque 10.700 membres nous ont rejoints dans le collectif. Beaucoup de Marseillais en ont assez de l'état de la ville.

"Un laisser-aller des gens et des pouvoirs publics"

Les photos sont édifiantes et se suffisent à elle-même. Dans tous les quartiers les poubelles dégoulinent dans tous les quartiers. On voit que le parc des calanques est une décharge à ciel ouvert. Il y a un problème avec les crottes de chiens. On croise des rats crevés sur les trottoirs. J'en ai même vu, place de la Castellane, se monter les uns sur les autres pour parvenir aux sacs poubelles, pour les crever et les vider et ainsi nourrir toute la petite colonie. Dans certains quartiers de la ville, il y a des zones de non-droits où le ramassage des ordures ne se fait plus. C'est hallucinant.

Il y a un laisser-aller des gens, dont certains n'ont pas conscience de la propreté, et des pouvoirs publics qui laissent un peu les choses faire. Il y a, c'est vrai, de quoi se décourager quand 2h après le passage des camions poubelles il y a à nouveau des monticules d'ordures. Mais c'est le rôle des pouvoirs publics de rendre la ville agréable pour les citoyens.

Faire des campagnes publicitaires avec des petits flyers pour expliquer comment on fait du tri, ça ne suffit pas. Surtout quand on sait qu'en bout de chaîne le tri sélectif n'est pas fait.

"Il faut plus de répression"

Nous demandons une refonte complète du système de gestion des ordures. Nous demandons aussi plus de répression contre les pollueurs, comme l'ont fait des villes comme Paris ou Dijon qui ont mis en place des brigades anti-incivilités. Nous demandons également une facilité d'accès aux décharges, parce que les entreprises du bâtiment, plutôt qu'aller aux déchetteries, déversent leurs déchets un peu partout. Il faut au moins deux bacs à poubelles pour les restaurateurs ou les commerçants qui n'en ont qu'un seul aujourd'hui. Il faut vraiment mettre les moyens. Nous souhaitons aussi remettre du végétal dans la ville: c'est bien de faire de grands centres commerciaux, un parc du 26e centenaire tout en béton, mais il faudrait aussi remettre un peu de verdure.

Il faut faire quelque chose car on ne peut pas laisser Marseille dans cet état-là. Tous les Marseillais ont droit de vivre dans un espace urbain propre et sain. C'est une ville merveilleuse, une des plus belles du monde, on a une chance inouïe et ce n'est pas normal d'avoir cet état de saleté. Quand on regarde sur les réseaux sociaux les premiers commentaires des étrangers sur la ville, ils disent qu'elle est belle, mais qu'elle est très sale et qu'ils ne reviendront plus jamais."

Propos recueillis par Philippe Gril