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"C'est méprisant": des procédures judiciaires interminables face au harcèlement sexuel au travail

Après avoir mis fin à sa relation avec son supérieur hiérarchique, Marie a été harcelée moralement et sexuellement par celui-ci sur son lieu de travail. Informée, la direction n'a rien fait et Marie, licenciée depuis, a porté plainte et attend désespérément une réponse judiciaire.

L'histoire de Marie est celle de milliers de femmes, victimes de harcèlement moral et sexuel au travail. Pour elle, tout a basculé quand elle a décidé de mettre fin à une relation amoureuse entretenue avec son supérieur hiérarchique.

"Il a commencé à me harceler, me menacer, me faire du chantage voire me tripoter. J'en ai informé la hiérarchie qui n'a rien fait. Je me suis mise en arrêt maladie et j'ai été licenciée pour inaptitude six mois après. Et je n'y suis plus retournée parce que son regard, ce n'était plus possible", témoigne-t-elle au micro de RMC.

"J'attends que le jugement ait lieu et que ça s'arrête"

Son harceleur, lui, a continué à travailler dans l’entreprise. Et Marie a fini par porter plainte. Une première fois en 2015. Classée sans suite. Puis une deuxième l’année suivante, pour harcèlement moral et sexuel mais aussi pour viol. En 2020, cet homme est mis en examen mais uniquement pour les faits de harcèlement moral, faute de preuves. Et depuis, Marie attend désespérément le procès.

"C'est tout ce que je demande parce que six ans après, il est libre. Cela ne sera peut-être jamais reconnu, c'est méprisant de savoir qu'on attend comme ça", déplore Marie.

C’est justement pour ça qu’elle a fait appel à "RMC s'engage pour vous", pour alerter et sensibiliser sur ces affaires de harcèlement au travail.

80% des plaintes sont classées sans suite

Si le parcours de Marie est si long, c'est parce que le harcèlement sexuel au travail reste difficile à caractériser. 80% des plaintes sont classées sans suite. Et lorsqu’il y a enquête puis mise en examen, il faut encore attendre le procès et ça peut prendre des mois voire des années.

Sans compter que les victimes ignorent souvent qu’elles peuvent attaquer aussi leur employeur, qui n’a pas su les protéger. "En France, on a une espèce de prisme où tout doit être réglé par la justice pénale. Il ne faut pas la mettre de côté mais il y a d'autres voies de droit plus faciles et qui sont plus satisfaisantes pour les victimes, comme on le voit dans nos dossiers. En fait, il y a plein de dossiers où la procédure pénale ne donne rien mais où l'on gagne aux prud'hommes", explique Marilyn Baldeck, directrice générale de l'Avft, Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail.

Les faits prescrits devant les prud'hommes

RMC a contacté le parquet qui traite son dossier pour comprendre pourquoi le procès tarde tant, mais sans retour pour l’instant. Sollicité également, le ministère de la Justice nous informe pourtant que le délai moyen entre la mise en examen d’un auteur de harcèlement sexuel et son procès est de six mois. Or, cela fait bientôt trois ans que Marie attend.

S’agissant de la procédure devant les prud’hommes, elle suit son cours normalement. Marie espère pouvoir bientôt mettre cette histoire derrière elle et se reconstruire.

Amélie Rosique, Joanna Chabas et Elise Denjean