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Cannabis: "On ne va pas réduire le trafic en légalisant", estime un syndicaliste policier

Si plusieurs sénateurs plaident pour une légalisation du cannabis, notamment pour des raisons de santé, du côté des forces de l'ordre on estime qu'une légalisation n'enrayerait pas du tout le trafic.

Le serpent de mer de la légalisation du cannabis revient. De nombreux pays occidentaux ont choisi de dépénaliser le cannabis et ses dérivés et de légaliser pour certains. Dernier en date, la Thaïlande, auparavant très sévère en la matière, a elle aussi choisi la dépénalisation. Pendant ce temps, en France, le plus gros consommateur européen, le cannabis reste interdit sous toutes ses formes et la répression reste très ferme.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, 31 sénateurs socialistes appellent à la légalisation du cannabis et annoncent une concertation en vue du dépôt d'une proposition de loi sur le sujet.

"Tout ce qui est trafic et criminalité va s'adapter"

Mais du côté des forces de l'ordre, pas question de dépénaliser. C'est ce que confirme ce jeudi sur le plateau des "Grandes Gueules", David Le Bars, le secrétaire général du syndicat des commissaires de police SCPN.

"Il ne faut pas s'imaginer qu'en légalisant ou dépénalisant on va réduire les trafics. On ne va que les réduire à la marge", assure le fonctionnaire. Il estime qu'en cas de légalisation, l'Etat ne vendra qu'une certaine sorte de produit et en quantité limitée, à destination d'une population "raisonnable, qui voudra en rester à ce niveau de consommation".

"Tout ce qui est trafic et criminalité va s'adapter, vendre des produits de plus en plus forts et ça va créer un double commerce et une double concurrence. Si l'idée c'est de casser l'économie souterraine ou les trafics, ce n'est pas la bonne idée", ajoute David Le Bars.

1,5 millions de consommateurs réguliers en France

Concernant le volet santé publique, David Le Bars concède que ce n'est pas son sujet. Mais pour les Sénateurs signataires de la tribune, les recettes fiscales liées à la vente de cannabis permettraient de financer des programmes de prévention. "Évidemment, le cannabis est mauvais pour la santé, comme le tabac ou l’alcool. Mais une fois que vous avez dit ça, vous n’avez rien résolu du tout parce que ces substances, elles existent", expliquait ce jeudi sur RMC Bernard Jomier, médecin et sénateur PS.

Aujourd'hui, 1,5 millions de Français déclarent consommer régulièrement du cannabis. Selon les estimations du cercle de réflexion Terra Nova, la simple dépénalisation du cannabis pourrait permettre d'économiser 300 millions d'euros avec la baisse des coûts de la répression. Et les recettes fiscales avec la légalisation permettraient à l'Etat d'engranger entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros.

Guillaume Dussourt avec AFP