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Des riverains visés par des tirs de mortiers à Montreuil: "Les gérants du trafic ne cautionnent pas ce comportement", assure un ancien dealeur

A Montreuil en Seine-Saint-Denis, les habitants d'une petite place minée par le trafic de drogue sont à bout. Cette semaine, un nouveau cap a été franchi. Les immeubles qui cernent le square où à lieu le trafic de cannabis, ont été visés par des tirs de mortiers.

C’est une nouvelle ligne qui a été franchie. Dans la nuit de mardi à mercredi, les habitants de la place de la République de Montreuil en Seine-Saint-Denis ont vécu une soirée mouvementée. Leurs immeubles ont été la cible de mortier d’artifices. Les riverains accusent les dealers qui sévissent sur la place d’être à l’origine de ces tirs.

Il s’agirait d’une vengeance contre les habitants réunis sous l’égide d’un collectif, le "Collectif République Montreuil", contre les trafics et qui signaleraient régulièrement à la police la présence des vendeurs de drogue: "Ce point de deal est là depuis 5 ans. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a des tirs mais en ce moment les policiers mettent la pression sur les dealers qui essaient d’intimider les habitants en tirant sur les façades d’immeuble", témoigne ce jeudi sur RMC Gregory, membre du collectif.

"Après une interpellation, et très certainement insatisfait d'une action policière, les dealers ont procédé à des jets de mortiers en direction des immeubles des riverains, très certainement en les accusant d'avoir fait appel aux forces de l'ordre", explique Erwan Guermeur, secrétaire départemental SGP Police.

"Les habitants sont terrifiés", ajoute Gregory évoquant la tentative d’agression qu’a subi un de ses voisins récemment. Il évoque des dealers présents dans le square de la place de midi à 3-4h du matin depuis 5 ans. Certains des dealers sont de jeunes mineurs tandis que les clients défilent à la vue de tous et même sous l’œil des caméras. La police est omniprésente mais son action reste inefficace.

De son côté, la municipalité envisage de raser le square et réaménager la place de la République pour faire fuir les dealers et restaurer la tranquillité. "J’aimerai bien demander à notre ministre de l’Intérieur où sont les renforts de police et à notre ministre de la Justice ce que fait le procureur face à ça", s’interroge Grégory.

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"Ce genre de comportement est puni en interne"

Et le problème ne concernerait pas que la place de la République: "Ce n'est pas qu'ici, c'est partout ailleurs dans la ville", assure Farouk, un autre habitant de la ville. "Il n'y a pas d'offre politique locale, il n'y a pas de réponse. Heureusement qu'il y a des associations culturelles et sportives avec des bénévoles qui font leur travail", assure-t-il. 

"C'est un problème de société. Comment des mineurs se font arrêter en pleine nuit? Il y a quelque chose à faire, il faut inclure les parents avec", déplore Elina Dumont, sociétaire des "Grandes Gueules" et intervenante sociale.

Pour Farouk, le problème est général: "Dans certains quartiers, il n'y a pas d'éclairage public, le service propreté n'est plus municipal et a été privatisé. On donne des responsabilités à des entreprises privées et on n'a pas de ville propre. Ce n'est pas que la faute de l'Etat aussi", déplore-t-il. 

Alors la solution viendrait-elle des dealeurs eux-mêmes? "Les petits qui travaillent sont tous des mineurs. Les plus grands, les gérants ne cautionnent pas ce comportement, qui reste assez rare", témoigne Eddy, un habitant de Montreuil incarcéré il y a quelques temps pour trafic de drogue et qui connaît les points de deals de la ville. "Ce genre de comportement est puni en interne". Car s'en prendre aux riverains attire l'attention de la police et des pouvoirs publics et est préjudiciable pour le trafic.

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Guillaume Dussourt