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Marie, 27 ans, patiente de Chrysoula Zacharopoulou: "Pour moi, on m'avait violée"

Témoignage RMC. Marie a 27 ans. Il y a six ans, elle a consulté la gynécologue Chrysoula Zacharopoulou, désormais secrétaire d'État, qui fait l'objet de deux plaintes pour viol. Elle dénonce la brutalité, le manque de dialogue et les violences obstétricales dont elle a été victime.

RMC a recueilli le témoignage de Marie*. Cette infimière de 27 ans a été la patiente de Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d'État chargée de la Francophonie, qui fait l'objet de deux plaintes pour viol dans le cadre de ses fonctions de gynécologue.

La jeune femme, qui avait 21 ans à l'époque, est atteinte d'endométriose et "l'a trouvée sur internet comme étant spécialiste de l'endométriose". Diagnostiquée en janvier 2016, elle a été consulter cette médecin en avril 2016. Un élément l'a marquée dès son arrivée dans son cabinet.

"Je suis arrivée à l'hôpital Trousseau et dans la salle d'attente, quand j'attendais avec mon conjoint, je voyais toutes les dames sortir de consultation en pleurant" raconte-t-elle.

"C'est bon, arrêtez de faire votre chochotte"

Elle est ensuite appelée par Chrysoula Zacharopoulou: "Elle était d'une froideur impressionnante. Elle m'a fait signe de monter sur la table, je me suis exécutée mais elle n'a pris aucun tact comme certains gynécologues qui peuvent dire 'voilà je vais vous faire un toucher vaginal'. Là y a eu aucun tact, ni rien et en plus de ça, cinq minutes avant je lui expliquais qu'il y avait des pénétrations très douloureuses voire impossibles. Du coup, elle a commencé à faire l'examen gynécologique sans me prévenir, je l'ai sentie comme très brutale".

Après ce début de consultation, Marie* se met à pleurer.

"Forcément, elle m'avait fait mal et elle m'a dit 'c'est bon arrêtez de faire votre chochotte'. "Quand je lui ai demandé qu'elle arrête, elle ne m'a pas répondu, elle a continué à faire ce qu'elle était en train de faire."

"Je l'ai mal perçu parce que je l'ai considéré comme un viol, car on pénétre dans mon corps sans me demander, et en plus elle voit que je suis en larmes sur la table", explique la jeune infirmière.

"Je suis médecin, pas magicienne"

"Lorque je lui ai demandé pour mes douleurs, qu'est-ce qu'on peut faire, est-ce qu'on peut mettre un traitement en place, elle m'a répondu 'écoutez Madame, je suis médecin, pas magicienne". Pour moi, c'était le clap de fin, c'était trop. Je me retrouve face à une femme complètement froide, sans compassion pour ses patients."

Marie* sort du cabinet en pleurant, traumatisée: "Pour moi, on m'avait violée. Quand je suis sortie, j'étais traumatisée: je ne parlais pas, je pleurais, c'est tout ce que je savais faire. Mon conjoint ne comprenait pas ce qui s'est passé. Ma maman m'a demandé ce qui s'était passé, si je m'étais faite aggresser dans les transports, et je ne lui ai dit que quelques jours après", explique-t-elle

Elle-même dans le monde médical, elle dénonce le manque de dialogue de la médecin: "Quand je vais voir mes gynécos actuels, ils me disent: "Bon écoutez je vais commencer l'examen. Dîtes-moi quand vous êtes prêtes. Si ça vous fait mal, dîtes-moi qu'on arrête"."

"Là ce n'était pas ça, on aurait dit un animal qui part à l'abattoir, tu n'as pas le choix".

Bientôt une plainte?

Cette expérience a eu des conséquences sur sa vie personnelle avec son conjoint et son rapport à sa maladie: "J'ai été traumatisée, je n'étais plus accessible sur le plan sexuel. Dès qu'on me parlait de voir un médecin pour mon endométriose, j'ai été assez fermée et j'ai eu du mal à retourner voir un médecin."

"Je suis une patiente, pas un morceau de viande. Ce n'est pas parce qu'on a un diplôme de médecin qu'on peut tout se permettre. Ce n'est pas normal, on n'est pas des objets", martèle la jeune femme.

Quand elle a entendu le nom de Chrysoula Zacharopoulou aux informations, Marie* s'est dit: "Je ne suis pas toute seule".

"Quand j'ai vu qu'elle était secrétaire d'État, je me suis dit que si elle est au gouvernement alors qu'elle fait des massacres sur des personnes, c'est inquiétant", dit l'infimière de 27 ans, qui "réfléchit à porter plainte parce que ça peut libérer d'autres dames qui sont dans ces souffances là et faire justice".

Depuis la révélation des deux plaintes pour viol contre Chrysoula Zacharopoulou, cette dernière n'a pas réagi officiellement. Matignon ne fait pas de commentaire non plus pour l'instant. Quant à l'AP-HP, son ancien directeur Martin Hirsch a affirmé sur Twitter "qu’il n'y jamais eu la moindre réclamation ni plainte remontée à l'AP-HP contre ce médecin qui a combattu pour que la souffrance des femmes atteintes d’endométriose soit mieux traitée et devienne une priorité de santé".

(*) Le prénom a été modifié

Maxime Lévy avec Maxime Martinez