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Pas-de-Calais: quatre ans de prison pour le meurtre de son mari violent

Le fronton d'une cour d'assises (Illustration)

Le fronton d'une cour d'assises (Illustration) - Franck Perry - AFP

En avril 2015, le corps de Reynald S., 49 ans, était découvert sur le lit conjugal: mort depuis une quinzaine de jours, il était en état de putréfaction.

"Je pense l'avoir tué": la cour d'assises du Pas-de-Calais a condamné vendredi Laurence S. a quatre ans de prison ferme pour le meurtre de son mari violent, sans que les débats n'aient permis d'établir scientifiquement les causes du décès. Magistrats et jurés ont reconnu l'accusée coupable, écartant "l'état de légitime défense". Ils l'ont également condamnée a cinq ans de suivi socio-judiciaire assorti d'une injonction de soins.

"C'est une peine mesurée, que madame accepte. Cela lui permettra de reprendre sa vie en main et passer par autre chose", a réagi auprès de l'AFP son avocate Me Emmanuelle Mauro, espérant qu'elle "puisse sortir dans un an" avec des réductions de peine.

En avril 2015, le corps de Reynald S., 49 ans, était découvert sur le lit conjugal: mort depuis une quinzaine de jours, il était en état de putréfaction. Sa femme Laurence, 47 ans au moment des faits, était restée cloîtrée avec lui au domicile. Elle avait affirmé l'avoir étranglé avec la rallonge du fer à repasser alors qu'il essayait de l'étouffer avec un oreiller. 

Pendant trois jours, la cour a retracé le parcours du couple, de leur rencontre aux "premières claques" et jusqu'à "l'enfer des derniers mois". Elle a écouté témoins et experts évoquer les coups, humiliations et brimades subies par une femme "soumise, dépendante affective". "Près d'un quart de siècle" de violences, a reconnu lors des réquisitions l'avocat général André Lourdelle.

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La famille du défunt défend l'accusée

Mais si "dans ce dossier, tous sont derrière Laurence S., y compris dans la propre famille du défunt", dont aucun membre ne s'est porté partie civile, "il vous faudra fixer le prix de la vie d'un homme", a-t-il lancé aux jurés, réclamant neuf ans de prison.

Le jour du drame, lorsque Reynald essaye de l'étouffer, Laurence S. réussit à se dégager pour attraper le câble. "Elle aurait pu prendre la fuite, aller dans la salle de bains pour appeler les secours", a jugé l'avocat général, arguant aussi d'un manque de "traces" objectives de l'attaque "dont elle aurait été victime".

Mais depuis mercredi, la cour peine à déterminer les circonstances du drame. Car les constatations de l'autopsie ne sont "pas compatibles" avec une strangulation à l'aide d'un câble. Des analyses complémentaires n'ont pas non plus permis d'identifier de lésion traumatique expliquant la mort. "On se trouve avec un cadavre en décomposition, (...) il n'y a rien à voir", a tranché vendredi l'avocat général. "Je pense l'avoir tué (...) mais je me demande si c'est vraiment arrivé", avait dit l'accusée mercredi.

Quatre hypothèses?

"On vous trompe quand on vous dit que l'état de putréfaction aurait caché" les lésions, il n'y en avait "ni à l'extérieur, ni à l'intérieur du corps", a plaidé l'avocate de l'accusée.

"On a quatre hypothèses, toutes compatibles" avec les expertises médico-légales: l'accusée aurait pu "étouffer Reynald S. avec un oreiller", ou "l'étrangler un peu, au point qu'il se mette à somnoler, puis le finir avec l'oreiller", a avancé Me Mauro. 

Elle aurait encore pu "l'étrangler mais pas suffisamment fort, et que monsieur fasse un malaise". Reste la dernière hypothèse, que "rien ne permet d'écarter", selon l'avocate: "monsieur a fait un malaise cardiaque", seul.

Pour Laurence S., "le monde s'écroule". Elle peut se dire "'Est-ce que je ne l'ai pas tué, moi qui suis toujours à l'origine de tous les maux'", moi "qui l'ai tellement voulu ?", a suggéré Me Mauro. En littérature scientifique, "la notion de faux souvenirs existe", a-t-elle insisté.

Laurence était battue, humiliée, "réveillée la nuit en lui arrachant les cheveux, abandonnée comme un chien au bord de l'autoroute", surveillée en permanence, par un homme "colérique, dominateur, bourreau", a-t-elle rappelé. "Monsieur S. a tué madame socialement, professionnellement", il lui "a tout pris jusqu'à sa dignité", a lancé l'avocate.

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La rédaction avec AFP