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Procès en appel du féminicide de Julie Douib: la préméditation au cœur des débats

Bruno Garcia est jugé en appel pour l'assassinat, en 2019, de son ex-compagne Julie Douib.

Bruno Garcia est jugé en appel pour l'assassinat, en 2019, de son ex-compagne Julie Douib. - Marion Dubreuil / RMC

Lors du deuxième jour de son procès en appel pour l’assassinat de Julie Douib, Bruno Garcia confirme sa version des faits. Il a dit être allé chez son ex compagne pour "discuter" et "lui faire peur", ce dimanche 3 mars 2019 et parle d’un premier coup de feu accidentel. La directrice d’enquête a battu en brèche sa défense, énumérant tous les éléments qui vont dans le sens de la préméditation.

"Elle a mis la main sur le canon de l’arme, je lui ai dit 'touche pas ça'. Un coup est parti." Bruno Garcia n’en démord pas, ce lundi, devant la cour d’assises d’appel d’Ajaccio. Il est jugé, en appel, pour l'assassinat de son ex-compagne Julie Douib, en 2019.

Il explique qu’il s’est rendu chez son ex-compagne, le dimanche 3 mars 2019, pour discuter "planning" de garde des enfants mais aussi de "cette histoire avec le prof de sport". Julie Douib l’avait quitté en septembre 2018 et elle avait noué ensuite une liaison avec un autre homme.

Deux jours plus tôt, il affirme avoir entendu leurs ébats sexuels à travers la porte de son appartement. "Je lui ai dit de s’asseoir", raconte Bruno Garcia le visage émacié et fermé. On comprend que Bruno Garcia a fait asseoir Julie Douib sous la menace d’une arme. La suite est plus embrouillée: "Le silencieux est tombé, elle a dit 'c’est quoi' et c’est elle qui, en touchant l’arme, a fait partir le premier coup".

Le procès en appel de Bruno Garcia, pour l'assassinat de son ex-compagne Julie Douib, s'est ouvert vendredi 20 janvier
Le procès en appel de Bruno Garcia, pour l'assassinat de son ex-compagne Julie Douib, s'est ouvert vendredi 20 janvier © Marion Dubreuil

"Il m'a tué"

"Je ne savais pas si je l’avais touchée", assure l’accusé qui raconte que Julie Douib est ensuite partie en courant sur la terrasse et qu’il l’a suivie. Et puis un nouveau tir. "Quand elle est tombée au sol, j’ai pensé à mes enfants et je suis reparti" sans prévenir les secours, ajoute-t-il. Dans sa fuite, Bruno Garcia a croisé la voisine qui montait l’escalier. Ils n’ont pas échangé un mot. Rose-Mary Leca le confirme quand elle témoigne ce lundi après-midi à la barre, en larmes. C’est elle qui a recueilli les derniers mots de Julie Douib: "Il m’a tué."

La directrice d’enquête bat en brèche la défense de Bruno Garcia qui assurait que ce dimanche 3 mars 2019, il se rendait au stand de tir et qu’il aurait changé d’avis pour se rendre chez Julie Douib. "Nous avons pris contact avec tous les membres du stand de tir, explique la gendarme en tenue. Il s’avère que beaucoup d’adhérents n’ont appris l’existence de Bruno Garcia qu’après les faits. L'enquête nous a permis d’établir que Bruno Garcia s’était présenté au stand de tir pour la dernière fois 5 mois auparavant. Sa licence n’était pas à jour."

L'accusé avait pris toutes ses précautions

Sandrine Didier énumère ensuite les éléments qui vont dans le sens de la préméditation. La veille, les enfants de Bruno Garcia l’ont vu tirer dans le jardin. L’aîné avait aussi entendu son oncle mettre en garde son père: "Ne fais pas ça, pense à tes enfants, tu vas tout perdre." Les gendarmes ont d'ailleurs retrouvé deux cartouches percutées dans le jardin de l’accusé.

La directrice d'enquête a battu en brèche la défense de Bruno Garcia
La directrice d'enquête a battu en brèche la défense de Bruno Garcia © Marion Dubreuil / RMC

En janvier 2019, il avait mis en vente ses deux voitures sur Le bon coin et donné procuration de son compte bancaire à Josiane P. "sa tata de cœur". Il avait pris toutes ses précautions et avait même demandé à son propriétaire de s’arranger avec le paiement du loyer "s’il allait un jour au frais". Enfin, Sandrine Didier rappelle que Julie Douib avait conservé un dossier sur les violences conjugales qu’elle subissait: une trentaine de photos et 57 enregistrements audio de scènes de violences verbales, d’humiliations et d’insultes. Dans l’un de ces enregistrements, Bruno Garcia menaçait Julie Douib. "Ça va mal finir, je ne supporterai pas de te voir avec un autre mec", avait-il dit.

Grâce à l’exploitation de la vidéosurveillance, les gendarmes ont pu constater "un certain manège", le samedi 2 mars. Ce soir-là, Julie Douib retrouve Sébastien, l’homme qu’elle fréquente, pour une sortie au cinéma. Sur la route, elle croise un utilitaire blanc du même modèle que celui de Bruno Garcia. Elle fait une manœuvre brusque et se gare sur un parking avant de repartir.

Julie Douib se sentait traquée

Même scénario après le film, sur le chemin du retour. Pendant 30 minutes, elle reste sur le parking de La Poste au téléphone avec Sébastien et son amie Sandrine à qui elle explique avoir vu "Bruno caché derrière un buisson". Elle reste dans sa voiture et ne rentre chez elle qu’après minuit quand Sandrine, qui est la voisine directe de Bruno Garcia, lui assure qu’il est bien chez lui à faire les cent pas.

"Toute la soirée il a suivi Julie Douib dans tous ses déplacements, entre le cinéma et son retour chez elle?", demande la présidente. "Je ne peux pas vous l’assurer, répond l’adjudant à la barre. Mais il a croisé son chemin à quatre reprises."

Julie Douib se sentait traquée. À côté de son corps étendu sur la terrasse, les gendarmes ont retrouvé la bombe lacrymogène qui ne la quittait plus.

Marion Dubreuil (édité par AB)