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Emmanuel Macron a "tiré profit des erreurs de François Hollande" pour "se présidentialiser"

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Critiqué pour son attitude au soir du premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron a voulu montrer un tout autre visage dimanche soir, après sa victoire. Florian Silnicki, expert en communication politique, décrypte pour RMC.fr les messages qu'a voulu envoyer le nouveau président de la République.

Florian Silnicki, expert en communication politique et en communication de crise. Fondateur de l'agence de communication LaFrenchCom'.

"Le Emmanuel Macron au soir du second tour n'avait rien à voir avec le Emmanuel Macron au soir du premier tour. La soirée du 23 avril avait été complétement ratée par le candidat d'En Marche!. Sa stratégie et sa tactique étaient erronées, c'était apparu aux yeux des électeurs comme mal placé, notamment en regard de son adversaire, Marine Le Pen. Il n'y avait, pour les Français, rien à fêter. Avec sa soirée à La Rotonde, il commettait en plus l'outrage de rappeler les séquences maladroites, en terme de communication politique de Nicolas Sarkozy.

Il y a eu incontestablement une métamorphose dimanche soir. Il a retenu la leçon du premier tour et il a voulu montrer qu'il était passé à autre chose, qu'il s'était déjà présidentialisé. Il y a le choix du Louvre, d'abord, et sa marche solitaire dans la cour avant de monter sur scène. Une façon de s'enraciner dans l'histoire en faisant un clin d'œil à François Mitterrand, la rose en moins. Il est seul, sans les attributs traditionnels des partis politiques que les Français rejettent. Il est accompagné d'une musique extrêmement solennelle pour contrecarrer le triomphalisme dont il a été accusé au premier tour, et pour présenter aux yeux du public une nouvelle étape mais aussi un nouveau personnage.

"Il a tiré les échecs des quinquennats précédents"

Une fois sur scène, il ne s'est pas non plus présenté uniquement avec des membres de sa famille, il a voulu mettre en avant quelques-uns de ses partisans. Tout cela compte dans la mise en scène. Tout est travaillé. De la même façon, ce n'est pas lui qui embrasse Brigitte Macron, mais elle qui lui embrasse la main. C'est pour ne pas la surexposer, pour la protéger et montrer qu'il a tiré les leçons de la surexposition.

Indéniablement, Emmanuel Macron veut se démarquer de François Hollande, qui n'avait pas su endosser les habits du président de la République – ce qui lui a nui tout au long du quinquennat. Macron veut montrer qu'il a compris, dès les résultats du second tour, qu'il était président de la République. Il a tiré les échecs des deux précédents quinquennats, accusés d'avoir 'abîmé' la fonction présidentielle.

"Une américanisation de la communication politique"

On constate aussi qu'il y a une américanisation des codes de la communication politique en France. On le voit à travers la Marseillaise, chantée par le nouveau président les yeux fermés et la main sur le cœur. Même chose quand il actualise ce lundi ses comptes Twitter et LinkedIn avec la mention 'président élu'. Ce sont des formules et des attitudes directement importées de la vie politique américaine. Si en France il y avait plutôt une réserve sur ces attitudes, Emmanuel Macron les utilise pour jouer sur les émotions et créer un lien au public. Cette attitude sur la Marseillaise a pu l'aider à solenniser le moment.

Autre erreur qu'Emmanuel Macron n'a pas commise, c'est l'intrusion des drapeaux étrangers sur les images du Louvre. Dès l'entrée, on a demandé au public de ne prendre que des drapeaux français et européens. On se souvient de ces images de drapeaux étrangers à la Bastille, au soir de l'élection de François Hollande en 2012, qui lui avaient nui et avec laquelle son équipe avaient été mal à l'aise. Tous ces éléments me font dire que le nouveau chef de l'Etat veut être un anti-François Hollande, en tout cas du point de vue de la communication politique qu'il déploie."

Propos recueillis par Philippe Gril