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Législatives: la nouvelle Assemblée est-elle vraiment plus représentative des Français?

Métiers, prénoms, handicaps,... le visage de l'Assemblée 2022 est différent de celui de la précédente mandature. Mais s'il y a quelques nouveautés, la nouvelle Assemblée est-elle plus proche du véritable visage de la France? RMC a enquêté.

Il s'appelle Philippe, 48 ans et demi, il est cadre, diplomé. Le portrait-type du député 2022 ressemble peu ou prou à ce qui existait les cinq dernières années. Et pourtant, avec cette nouvelle Assemblée nationale, son lot de nouveautés.

C’est par exemple la première fois de l’histoire qu’une personne en fauteuil roulant accède à l’hémicycle, tout comme une personne non voyante. Qui dit nouveaux visages signifie aussi de nouveaux métiers. L’exemple le plus médiatique est celui de Rachel Keke, femme de ménage, figure du mouvement de grève de l’hôtel Ibis des Batignolles à Paris, élue députée sous l'étiquette NUPES-LFI. Elle assure qu'elle sera "la voix des sans voix".

"Je suis femme de chambre, femme de ménage, agent de sécurité, aide soignante, aide à domicile. A l'Assemblée nationale, ces métiers seront visibles," annonce-t-elle.

Mais Rachel Keke n’est pas seule, il y a deux femmes de ménage à l’Assemblée, puisque Lisette Pollet, encartée au Rrassemblement national exerçait aussi ce métier.

"Un espoir"

Voir des collègues discuter les lois, c’est  important pour Kande Tounkara, également femme de chambre. Sur son piquet de grève, devant l’hôtel dans lequel elle travaille depuis huit ans, elle dit que depuis cette élection, elle a retrouvé l’espoir:

"J'espère bien que c'est le début du changement pour nous tous, pour tous ceux qui font un métier difficile."

Femme de ménage, ce n'est pas le seul métier qui entre à l'Assemblée: un pompier professionnel a été élu dans le Haut-Rhin, un ancien chauffeur de taxi, des policiers, un prof de SVT, une ouvrière agricole, ou encore une ancienne factrice…

Alors est ce que-diversité des métiers signifie changement de cap politique? Pour Morgane, postière dans le Morbihan, "on peut avoir de bonnes intentions en portant les personnes qui font partie de corps de métiers ou d'administration mais derrière, quelles orientations politiques sont prises par les partis ? C'est là où on peut avoir une forte inquiétude."

Une diversité en trompe l'œil

Les députés Rassemblement national sont d’ailleurs plus diversifiés que ceux des autres partis avec 12% d'employés et d'ouvriers en leur sein ainsi que 10% d'artisans, commerçants et chefs d'entreprise.

Mais derrière cette diversité apparente de l’Assemblée, elle reste en réalité toujours loin de ressembler à la population. 58% des députés sont des cadres alors qu’ils ne représentent que 9% de la population française. Si ce n’est un léger rajeunissement, il n'y a pas de rupture entre cette Assemblée et la précédente.

Bref, il ne faut pas croire à un bouleversement profond selon le politologue Benjamin Morel qui estime que ce changement est "un peu en trompe l'œil". Pour lui, ce décalage "n'est pas quelque chose de fondamentalement exceptionnel."

"En 1789, lors des États généraux, 99% des électeurs sont des agriculteurs et ils élisent des avocats, des journalistes, ce qu'on appellerait maintenant des professions intelectuelles supérieures. L'effet de représentation, même pour des partis à l'électorat populaire, conduit à une forme d'aristocratisation."

Kévin à l'Assemblée

Autres changements, celui des prénoms. Une réalité qui en dit long, car les prénoms sont assez marqués sociologiquement. Pour la première fois, deux "Kévin" entrent au Palais Bourbon, deux élus RN, Kévin Pfeffer, député de Moselle, et Kévin Mauvieux, député de l'Eure. On compte aussi des Jordan, des Joris ou Jorys (les deux orthographes font leur entrée à l'Assemblée).

Le prénom est bien un marqueur social, facteur de préjugés, car seuls 4 % des "Kévin" obtiennent une mention TB au bac, contre 18 % des "Augustin". Kévin Pfeffer, déjà candidat à la députation en 2017, avait déclaré qu'il "représenterait fièrement tous les Kévin de France, quelles que soient leur origine sociale, et leur mention au bac."

"Une Assemblée qui ressemble plus aux Français"

Malgré tout pour le politologue Pascal Perrineau, "la France parlementaire s'est rapprochée de la France que nous connaissons" même si "ça ne va peut-être pas assez loin".

Le professeur émérite à Sciences Po Paris explique qu'il "faut se réjouir d'avoir une Assemblée qui ressemble plus aux Français."

"Quand l'Assemblée est trop coupée culturellement, sociologiquement, du pays réel, les Français ne se sentent pas représentés. Quand on ne se sent pas représentés, soit on sort du système, et donc on passe dans l'abstention soit on pousse un coup de gueule avec les partis protestataires."

Nouveaux métiers, nouveaux prénoms, mais dans cette Assemblée cru 2022, il n'y a que 37% des femmes. C'est moins qu'il y a cinq ans, c'est bien loin de la parité.

Mahauld Becker-Granier avec Maxime Martinez