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Municipales 2020: face à la désertification des campagnes, le combat d'un maire pour redonner vie au village

LES MAIRES FACE À LA CRISE (5\/5) - Depuis 2008, Benoît Hennart remue ciel et terre pour continuer à faire vivre son village de l'Eure, Quittebeuf.

Benoît Hennart a un palmarès à faire pâlir d'envie tous ses voisins maires. En deux mandats, cet infatigable élu au franc-parler et à la grosse moustache a fait venir dans son village de 650 habitants, un kiné, un médecin, trois infirmières. 

"C’est nous qui avons remis en état le bâtiment parce que c’était que de la terre battue, il n’y avait pas d’ouverture. Donc il a fallu créer une ouverture côté rue", explique-t-il en arpentant le bâtiment. La boulangerie, c'est aussi lui. Avant d'être maire, Benoît Hennart était ouvrier du bâtiment. Il a donc fait tous les travaux. "On l’a rénové, on a tout cassé et on a tout refait propre", indique-t-il. Et Nathalie, la boulangère, s'est installée. 

Les habitants viennent même des villages voisins pour acheter leur pain. "C’est la seule boulangerie qu’il y a dans ce coin-là. Donc je pense que c’est bien. Mais il n’y a qu’un seul maire comme ça autour", regrette cet habitant d’une commune voisine. 

Mais son plus gros investissement, c'est ce bar épicerie. Benoît Hennart s'est endetté pour acheter les locaux et rouvrir le bistrot.

"C’est un emprunt à hauteur de 200.000 euros sur une durée de 20 ans. C’est vraiment que c’est un gros investissement. Je ne sais pas si ça vaut le coup, mais moi ça me tenait à cœur de redonner de la vie au village", confie-t-il. 

Et ça n'est toujours pas terminé, dernier projet en date une boucherie. "Tous les travaux ont été faits par moi-même, mes enfants et quelques bénévoles. Il nous manque juste l’essentiel, c’est le boucher-charcutier. Mais c’est en bonne voie pour que ça rouvre prochainement", indique-t-il. 

La tentation de faire une pause

Cependant, la concurrence de l'hypermarché à 10 kilomètres est rude. Nathalie, la boulangère, envisage de partir. Benoît Hennart devra bientôt reprendre son bâton de pèlerin pour trouver un successeur. "Le but, c’est pas que ça ferme. On peut toujours être à l’affût pour soutenir les commerçants parce que ce n’est pas toujours évident. Il ne faut pas se décourager. Si on se décourage, c’est le début de la fin", estime-t-il. 

Une vie à 100 à l'heure et c’est la famille nous dit-il qui en prend un coup pour une indemnité d'à peine plus de 1000 euros par mois. "Il faut de l’énergie et il y a des moments où j’aimerais bien faire une pause", indique-t-il. 

Mais Benoît Hennard a décidé de repartir pour un nouveau mandat.

"J’aimerais bien arrêter, mais après, il y a les projets qui sont en cours. Et puis je ne peux pas abandonner mon village parce que partir, c’est facile, mais j’ai quand même mis douze ans pour mettre tout ça en place et je n’aimerai pas que ça redescende sa place aussi vite", affirme-t-il.

Pour l'instant, personne ne lui dispute le fauteuil de maire, car avec, il y a les angoisses, les coups de fil toute la journée et les nuits blanches. Benoit Hennart sourit, il faut être un peu fou, nous dit-il, pour vouloir continuer.

RMC MUNICIPALES 2020

A moins de deux mois des élections municipales, tous les jours, à 6h40 et 8h, jusqu'au premier tour du scrutin le 15 mars, nos reporters sillonnent la France pour vous faire vivre ces élections. Au programme de la semaine, des rencontres avec ces maires qui ont affronté une crise majeure pendant leur mandat.

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Juliette Droz et Benoît Ballet avec Guillaume Descours