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Président, questeurs, commissions... Semaine cruciale de partage des postes à l'Assemblée nationale

Élection du ou de la présidente, des questeurs, des présidents de commissions... La semaine s'annonce très politique à l'Assemblée nationale.

Il faut s’attendre à une semaine très politique. Et les enjeux sont très importants, puisque l’on entre dans l’inconnu. On ne sait pas comment la France sera gouvernée, on sait simplement que l'Assemblée va cesser d'être une chambre d’enregistrement pour devenir un lieu de pouvoir. D'où l'importance des votes de cette semaine.

Le premier vote sera ce mardi après-midi à 15 heures pour l'élection du président. La séance sera présidée par le doyen, José Gonzalez, un pied-noir de 79 ans, député Rassemblement national des Bouches-du-Rhône. Aux deux premiers tours, aucun candidat ne devrait obtenir la majorité absolue. Au troisième tour, la majorité relative suffit et la candidate du groupe macroniste, Yaël Braun-Pivet devrait l'emporter. Elle sera certainement ce mardi soir, la première femme présidente de l’Assemblée.

Yaël Braun-Pivet n’était pas la candidate d’Emmanuel Macron, le Président la voyant plutôt au gouvernement. Elle avait été nommée ministre des Outre-Mer dans le gouvernement d’Élisabeth Borne, mais cela ne l’a pas empêché de se présenter au culot et de l’emporter lors de l'élection au sein du groupe. Il y a 5 ans, elle avait fait preuve du même culot. Tout juste élue pour la première fois, elle s'était présentée à la présidence de la Commission des lois, traditionnellement réservée à des députés très expérimentés. Et à la surprise générale, elle s'était imposée.

La future présidente de l’Assemblée est une ancienne avocate pénaliste. Avant de devenir députée, elle s’est beaucoup impliquée dans les Restos du cœur, en dirigeant un grand centre dans les Yvelines. Elle est mère de 5 enfants. C’est la petite fille d’un réfugié Juif polonais qui est arrivé en France dans les années 30 en fuyant le nazisme et qui est devenu résistant. Yaël Braun-Pivet serait le quatrième personnage de l'État, derrière le président de la République, la Première ministre et le président du Sénat.

A qui la Commission des finances jeudi?

Un autre poste très important sera attribué cette semaine, c’est celui de président de la commission des finances. Et ça va être très chaud et très politique avec des jeux de billard à trois bandes. Les présidents de huit commissions seront élus jeudi. Mais celle-ci sera la plus suivie pour deux raisons. C’est celle qui a le plus de pouvoir et c’est celle qui, depuis 2007, revient forcément à un député de l’opposition. Normalement un élu du principal groupe d’opposition.

Mais qui est le premier groupe d’opposition ? Est-ce que c’est le Rassemblement national avec ses 89 élus, ou bien est-ce la Nupes, l’alliance des quatre groupes de gauche? Le Rassemblement national revendique le poste pour Jean-Philippe Tanguy, et la France insoumise le revendique pour Eric Coquerel. Si ce dernier recueille bien toutes les voix des groupes de gauche, il devrait l’emporter au troisième tour.

Sauf que si les députés LR devaient voter pour le Rassemblement national, alors c’est Jean-Philippe Tanguy qui l'emporterait. Selon Le Figaro, un tel accord entre la droite et l'extrême droite est possible. Les LR obtiendraient en échange le poste de questeur réservé à l’opposition. Et ils feraient barrage à Eric Coquerel dont ils jugent l'élection "dangereuse".

Le président de la Commission des finances a beaucoup de pouvoir. Il fixe l’ordre du jour de l’examen du budget. Il peut contrôler tous les ministères “sur place et sur pièces". C'est-à-dire qu’un rapporteur de la commission peut débarquer dans n’importe quel ministère et exiger de voir n’importe quel document. La commission a surtout le droit d’obtenir la levée du secret fiscal et de se faire communiquer les dossiers des entreprises comme des particuliers.

À droite, on craint une instrumentalisation politique de ce pouvoir. Gilles Carrez, lui-même ancien président de cette commission évoque le début d’un “totalitarisme” si l’on jette en pâture les dossiers fiscaux des particuliers. Eric Coquerel se scandalise de tels soupçons. Il conteste formellement l’idée qu’il puisse se lancer dans une chasse aux sorcières. L’ambiance risque d'être électrique jeudi à l’assemblée.

Nicolas Poincaré