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Yaël Braun-Pivet: ce qu'il faut savoir de la probable prochaine présidente de l'Assemblée nationale

Yaël Braun-Pivet, députée des Yvelines, devrait devenir ce mardi présidente de l'Assemblée nationale et accéder au prestigieux "Perchoir".

Yaël Braun-Pivet s'apprête à devenir le 4e personnage de l'État. La députée pourrait devenir la première femme présidente de l'Assemblée nationale. L'élection a lieu ce mardi à 15h, dans l'Hémicycle, et, sauf accident, Yaël Braun-Pivet, réélue dans les Yvelines, va accéder au "Perchoir". Un poste particulièrement prestigieux, chargée notamment d'animer la séance des questions au gouvernement du mardi après-midi.

Alors, son nom, pour l'instant, ne parle pas forcément au grand-public. "Elle débarque de nulle part, elle a été élue parce que c'est un hologramme de Macron", s'agace un de ses adversaires. Pourtant, Yaël Braun-Pivet fait déjà figure de symbole en Macronie. Elle n'était pas soutenue par l'Élysée et Matignon, qui aurait préféré envoyer un autre député au "Perchoir".

"Il y a un effet 'femme', ça a fait envie à beaucoup de gens, c'est une première, c'est génial", se félicite un Macroniste. "C’est l'expression d’une transformation de l’Assemblée, elle a une relation avec chaque député de la majorité", se satisfait une députée dont elle est proche, qui vante son "intelligence" et sa "rondeur". Des qualités probablement indispensables pour diriger une Assemblée, qui promet d'être plus turbulente que jamais.

D'ailleurs, un de ses vieux adversaires dans les Yvelines en salive d'avance: "Elle va avoir quelques heures difficiles, l'Assemblée nationale est une sale bête désormais !"

Les Outre-Mer enragent

Derrière le symbole plane l'ombre des vieilles pratiques politiques, et les premières casseroles. Jusqu'à samedi dernier, Yaël Braun-Pivet était ministre des Outre-Mer, et elle jurait la main sur le cœur, que c'était le poste de ses rêves. "J'espère qu'on pourra construire ensemble un vrai chemin d'avenir pour nos outre-Mer. En tout cas, moi, j'y mettrai toute mon énergie", assurait-elle alors.

Sauf que Yaël Braun-Pivet n'est restée ministre des Outre-Mer qu'un mois et cinq jours, très exactement. "C'était très éphémère", ironise un député ultra-marin, qui lui reproche de s'être servi de ce ministère pour mieux se recaser: "Ca laisse penser qu'elle ne s'est pas vraiment intéressée à nos problématiques". Ce député ne mâche pas ses mots : "Le casting n'était pas bon, il ne fallait vraiment pas agir comme ça, les Outre-Mer méritent un regard appuyé, un regard de cœur, un regard sincère".

Voilà qui ne devrait pas arranger les affaires de l'exécutif avec les Outre-Mer, où la contestation est très forte depuis plusieurs mois, notamment depuis l'instauration du pass sanitaire: "Elle s'est bien rendu compte que ça allait tourner au vinaigre" se désole un élu de droite.

Un vote contre l'inscription de l'avortement dans la Constitution qui fait tâche

Les oppositions ont aussi exhumé un vote à l'Assemblée, qui fait un peu tâche. En 2018, Yaël Braun-Pivet vote contre l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution. "Il est nul besoin de brandir des peurs relatives à ce qui se passe dans d'autres pays pour estimer que ces droits seraient menacés dans le nôtre", disait-elle à l'époque.

Un thème qui trouve une résonnance toute particulière dans l'actualité aujourd'hui. puisque la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu une décision historique en révoquant ce droit à l'avortement, ce week-end.

Depuis la gauche unie - la NUPES et le groupe Macroniste "Renaissance" ont tous les deux déposés deux propositions de loi différentes pour inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution. Et c'est une certaine Yaël Braun-Pivet qui devrait arbitrer et diriger les débats à l'Assemblée nationale.

"Elle est complètement aux ordres du pouvoir, c'est problématique", enrage une députée Insoumise, qui se souvient aussi que Yaël Braun-Pivet présidait la commission d'enquête à l'Assemblée, sur l'affaire Benalla toujours en 2018. "Elle va devoir garantir l'indépendance du Parlement, elle n'en a pas du tout fait la preuve", explicite cette élue. Pour la petite histoire: la commission d'enquête avait explosé en plein vol, sans rendre de rapport.

LES POUVOIRS DU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE

Le ou la président(e) de l'Assemblée nationale, qui doit être élu(e) mardi par les députés, est le quatrième personnage de l'Etat. Outre la direction des débats depuis son siège, communément appelé "le perchoir", il a d'importants pouvoirs de nomination.
Il est, ce qui est le plus connu, le patron de l'hémicycle. Il fait la discipline, organise les débats, veille au respect du règlement interne de l'Assemblée. En cas d'incident, il peut suspendre voire arrêter une séance qui dérape.
Résidant à l'Hôtel de Lassay, hôtel particulier jouxtant l'Assemblée - actuellement en travaux -, le président a aussi le pouvoir de nommer un membre du Conseil constitutionnel lors de chaque renouvellement triennal.
Il peut également saisir le Conseil. Il nomme aussi deux membres siégeant au Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et trois à l'Arcom (ex-Conseil supérieur de l'Audiovisuel).
C'est lui également qui préside le Congrès, soit la réunion des deux chambres, Assemblée et Sénat, lorsqu'il est nécessaire de le réunir, comme c'est le cas pour faire adopter une réforme constitutionnelle ou lorsque le chef de l'Etat prend la parole devant lui par exemple.
Il préside également le Parlement lorsque celui-ci est constitué en Haute Cour, unique juridiction pouvant juger le président de la République "en cas de manquement à ses devoirs incompatible avec l'exercice de son mandat".

Paul Barcelonne (édité par J.A.) avec AFP