RMC

Présidentielle 2022: les primaires sont-elles vraiment une machine à perdre?

EXPLIQUEZ-NOUS - Y aura-t-il une primaire pour désigner le candidat de droite à la prochaine présidentielle? Les Républicains ont lancé lundi un processus très compliqué pour le décider.

Le principal avantage des primaires, c’est que c’est le moyen le plus démocratique pour désigner le candidat d’un parti ou d’un camp. Le principal inconvénient c’est que ce n’est pas une tradition française et qu’aujourd’hui la plupart des candidats n’en veulent pas.

Emmanuel Macron naturellement ne participera pas à une primaire. Marine Le Pen non plus, Jean-Luc Mélenchon non plus. Xavier Bertrand jure qu’il ne s’y prêtera pas. Arnaud Montebourg à gauche, idem.

Au PS, rien n’est décidé mais Anne Hidalgo pourrait être désignée candidate sans passer par une primaire tout comme Nicolas Dupont-Aignan ou Philippe Poutou pour le NPA.

On ne peut pas dire que ce système américain se soit imposé en France.

>>> A LIRE AUSSI - Fin du "quoi qu'il en coûte": qui va trinquer?

Cette année, seuls les écologistes ont pour l’instant choisi d’organiser une primaire

C’est en cours avec une primaire ouverte à tous ceux qui s’y inscrivent en payant deux euros. Le vote se fait par Internet, avec un 1er tour entre le 16 et le 19 septembre et un second tour une semaine après. 5 candidats sont en lice: Sandrine Rousseau, Yannick Jadot, Eric Piolle, Delphine Batho et Jean-Marc Governatori.

La droite lance une usine à gaz

A droite rien n’est sûr, sauf une chose: il va y avoir du sport. Xavier Bertrand s’est déclaré le premier en excluant de participer à une primaire. Du coup ses principaux concurrents demandent ce mode de départage. Valérie Pécresse, Michel Barnier, Eric Ciotti défendent la primaire, et surtout se sont déclarés candidats. Alors face à cette impasse le parti a inventé une machine à gaz. Un processus qui vient de commencer.

L’IFOP et le politologue Pascal Perrineau ont lancé une enquête, un sondage géant auprès des sympathisants de droite. 15.000 personnes seront interrogées, dix fois plus que pour un sondage classique. On va leur demander quelles sont leurs valeurs mais surtout ce qu'ils pensent des principaux candidats en lice. Y compris Xavier Bertrand. Mais pas Eric Zemmour. Les résultats seront rendus publics le 20 septembre.

Si cette enquête devait montrer qu’un des candidats s’impose largement, qu’il tue le match, alors un congres du parti pourrait décider dés le 25 septembre de choisir ce champion et de ne pas faire de primaires.

Mais si au contraire aucun candidat ne s’impose?

Alors là, ça se complique. Dans ce cas, une deuxième enquête sera commandée à l’IFOP en octobre et le parti décidera en novembre s’il organise une primaire. Cela pourrait être une primaire réservée aux adhérents qui ne choisirait pas un candidat mais qui les noteraient tous de 1 à 10 et celui qui obtient la meilleure note serait désigné. Un système inédit, en un seul tour.

On dit souvent que les primaires sont une machine à perdre, et on a souvent tort de le dire. Si François Fillon a perdu la dernière présidentielle c’est à cause de ses costumes et des emplois fictifs de Penelope. Pas à cause de la primaire. Sa victoire face à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé l’avait au contraire crédibilisé avant que tout s’effondre.

En 2012, François Hollande est élu après avoir gagné la primaire face à Martine Aubry et Arnaud Montebourg. Et la primaire l’a aidé à gagner en autorité.

En 2007, Ségolène Royal écrase Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius lors de la première grande primaire Française. Sa victoire en fait la candidate légitime de la gauche. Et si elle perd, c’est parce que Nicolas Sarkozy était imbattable cette année-là. Pas à cause de la primaire.

Dans ces trois cas, les primaires n’ont pas été des machines à perdre. Le problème ce n’est donc pas le système, c’est le nombre de candidats qui cette année n’en veulent pas… 

Nicolas Poincaré (avec J.A.)