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Présidentielle: les sondages influent-ils sur le vote?

Pour ne pas influencer les votants dans la dernière ligne droite, aucun sondage ne peut être rendu public la veille et le jour du scrutin. Mais les sondages influencent-ils vraiment les électeurs?

Bientôt fini pour les sondages. En France, les enquêtes d'opinions sont interdites la veille et le jour d'un scrutin, afin de ne pas influencer les électeurs dans la dernière ligne droite. Dès vendredi soir donc, aucun nouveau sondage ne pourra être publié.

Car si certains assurent ne pas être influencés, d'autres reconnaissent que les enquêtes sont déterminantes pour leur vote. "Philippe Poutou, je le trouve sympa, il ne fait pas de mal", assure à RMC Karine, devant les affiches de campagne des candidats à la présidentielle. Mais quand on lui demande si elle est prête à voter pour lui, la réponse est non: "Je ne vote pas pour lui parce qu’il est bas dans les sondages. Je vais lui donner une voix supplémentaire, la belle affaire", reconnaît-elle.

Honnête lui aussi, Marc avoue ne pas être insensible aux sondages: "Ils mesurent des positions et peuvent influencer. Moi ça peut m’influencer". Il explique donc essayer de les regarder, le moins possible. Même son de cloche pour Jean-Sébastien: "Je suis sensible à l’écologie et j’allais vers un vote pour Yannick Jadot, mais compte tenu des sondages, mon vote va sûrement se reporter vers un candidat du top 4, peut-être Emmanuel Macron".

"Les sondages ont joué un rôle ​prépondérant, peut-être plus que d'habitude"

Yves, lui, appelle à résister au pouvoir des sondages: "Les sondages ne valent pas grand-chose en réalité. Le vrai résultat, on l’aura à la fin. Il faut vraiment que chacun se fixe son idée sur son candidat et s’il a 3%, il a 3%, mais au moins on a défendu nos idées".

Chez les candidats malmenés par les sondages, on déplore un cercle vicieux: "Les sondages ont joué un rôle ​prépondérant, peut-être plus que d'habitude", assure ce jeudi sur RMC Gabrielle Siry-Houarir, porte-parole du Parti socialiste, dont la candidate Anne Hidalgo peine à dépasser les 2% d'intentions de vote. "On a l’impression que certains candidats sont légitimés et d’autres non en fonction de leur score", estime la porte-parole.

"Tous les médias s’emparent de tous les sondages"

Conséquence des sondages, c'est aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon qui fait figure de vote utile à gauche. "C’est extrêmement dangereux pour la démocratie. Cela fait partie du risque d’abstention parce qu’il y a le sentiment d’une campagne confisquée, en raison de l’actualité mais aussi de cette mécanique sondagière qui a fabriqué un candidat qui est Eric Zemmour. Il y a eu une rampe de lancement médiatique sur Eric Zemmour, puis une bulle sondagière qui a légitimé sa présence médiatique", pense Gabrielle Siry Houari.

Chez les sondeurs, on l'assure, les sondages ne sont que des indicateurs. "Il faut prendre les sondages pour ce qu’ils sont: une indication du vote. Ils contribuent au débat et sont un des éléments d’information du citoyen", défend sur RMC Bernard Sananès, ancien président de l'Institut CSA et directeur de l'institut de sondage Elabe. Estimer que le sondage influe, c’est pour lui "prendre le citoyen pour un mouton".

Pour le patron d'Elabe, trop de sondages tue le sondage. C'est selon lui la multiplication des enquêtes d'opinion qui déstabilise: "Auparavant, un média avait un partenariat avec un institut et tout au long de la campagne ne relayait que les sondages de cet institut. Là, tous les médias s’emparent de tous les sondages et ça peut donner le tournis", assure Bernard Sananès.

Guillaume Dussourt et Florian Chevallay