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Zemmour au second tour: que disaient les sondages de septembre avant les présidentielles précédentes?

EXPLIQUEZ-NOUS - Les sondages de septembre donnent-ils vraiment une bonne indication de la tendance avant la présidentielle?

Ces sondages ne valent pas grand chose. Les sondages du mois de septembre avant une présidentielle ont très rarement donné le bon tiercé dans l’ordre. Ils ont parfois annoncé des progressions spectaculaires de candidats qui ont ensuite fait flop. Ou à l’inverse, ils n’ont pas vu venir en septembre, ceux qui ont percé au printemps suivant.

Tout cela non pas parce que les sondeurs sont nuls, mais tout simplement parce qu’en septembre, rien n’est fait, on ne sait pas qui sera finalement candidat, on ne sait pas pour qui on va voter.

En septembre 2016, que disaient les sondages?

Alors sondage du 23 septembre 2016, il y a exactement 5 ans, Alain Juppé était le grand favori avec 34% d’intention de vote au premier tour, et il devait l’emporter facilement au second tour face à Marine Le Pen.

Les sondages annonçaient une victoire d'Alain Juppé à la primaire de la droite devant Nicolas Sarkozy. Tout faux. Et pour la primaire de la gauche une bataille serrée entre François Hollande et Arnaud Montebourg. Tout faux.

En revanche, le phénomène Macron était déjà détecté. Alors qu’il n’avait pas déclaré sa candidature, fin septembre il atteignait 18% des intentions de vote arrivant en troisième position.

Et lors des élections précédentes?

Et bien regardons les quarante dernières années. En septembre 1980, huit mois avant la victoire de François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing était donné gagnant par tous les sondages et largement. En septembre 1987: Raymond Barre était en tête et devait l'emporter au deuxième tour face à François Mitterrand. Il sera finalement éliminé au premier tour.

En septembre 1994, deux candidats se détachent très largement et on pense déjà savoir qui sera au deuxième tour. Ce sera, à coup sûr, Jacques Delors contre Edouard Balladur. Finalement Delors renonce en décembre et Balladur est battu au premier tour.

En 2001, les enquêtes prévoient un duel Chirac-Jospin et en septembre, Jean-Marie Le Pen est crédité de 7%. On connaît la suite. "Coup de tonnerre" Jean-Marie Le Pen parvient au deuxième tour.

Les sondages ne se sont tout de même pas trompés tout le temps. En 2006 et en 2011, on voyait dès septembre se dessiner les duels qui ont finalement eu lieu. Nicolas Sarkozy/Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy/François Hollande.

Est-ce que l’on a déjà vu un candidat réussir une percée comme celle d’Eric Zemmour actuellement?

Aussi rapide sans doute pas. Zemmour était à 5% en juillet, 7% en août, 11% en septembre. Je n’ai pas trouvé d’équivalent. Mais il y eut d'autres percées inattendues. Celle d’Emmanuel Macron que l’on commençait à prendre au sérieux en septembre il y a 5 ans, même si très peu de commentateurs le voyait gagner. Et puis il y a eu des bulles qui ont gonflé avant d’éclater.

En 2002, Jean Pierre Chevènement atteint 14% en septembre et finira à 5%. En 1994, Bernard Tapie est à 11% à l’automne sans être candidat exactement comme Eric Zemmour aujourd’hui. Finalement il ne se présentera pas. Mais la candidature la plus spectaculaire, la plus surprenante et qui finalement à fait pschitt, c’est celle de Coluche.

Il l’annonce en octobre 1980 après avoir été viré de... RMC (Il avait parlé du “rocher des putes” pour parler de Monaco). Donc il traverse une mauvaise passe et il décide de se présenter en appelant "les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes" à voter pour lui… Un premier sondage lui donne 11% d’intentions de vote. Comme Zemmour aujourd’hui.

En janvier il est à 16%, en mars il renonce à se présenter, parce qu’il va faire perdre François Mitterrand. Moralité? Bien fou est celui qui se fie aux sondages de septembre. La présidentielle se joue en janvier, ou même parfois plus tard.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)