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Abattoir respectant le bien-être animal: "ce qui manque c'est de la compassion"

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Et si c’était ça, l’abattoir du futur? Pour respecter le bien-être animal, des éleveurs du Limousin innovent. Projection d’images, diffusion d’odeurs, chutes d’eau… Guillaume Betton, PDG du Pôle Viandes Locales à l’origine du projet, explique comment tout est fait pour diminuer le stress animal.

Guillaume Betton est le PDG du Pôle Viandes Locales. Il explique l’origine est le fonctionnement du futur abattoir respectant le bien-être animal. L’ouverture est prévue pour le début 2018.

"Je suis paysan, producteur de viande d’agneaux, que je vends en circuit court. Depuis une dizaine d'années, sur notre territoire du Limousin, les abattoirs ferment. On se retrouve confronté à l’éloignement des lieux d’abattage. Le mien était à 20km de mon exploitation, maintenant c’est 60km. Comme c’est à Limoges, ça me prend 1h15, 1h30. On augmente le temps de transport des animaux, et le temps passé sur la route on ne le passe pas à faire autre chose.

Une chercheuse à l’INRA spécialisée dans le stress des animaux a démontré que plus l’animal était stressé, moins la viande était de qualité. L’objectif n’est pas d’éliminer complètement le stress, il y en a toujours. C’est de le limiter au maximum. On peut faire les meilleurs bêtes du monde et tout gâcher à la fin sur la demi-journée qui sépare l’animal de sa mise à mort.

"Le paysan, il a le souci du bien-être de ses animaux"

La vraie différence avec d’autres abattoirs, c’est que cet outil a été conçu par des paysans. Et le paysan, il a le souci du bien-être de ses animaux. On s’est inspiré de travaux de chercheurs: la forme circulaire favorise la progression naturelle des animaux. On a aussi mis une cascade d’eau pour apaiser l’environnement. C’est ce qu’on retrouve dans les grands centres commerciaux, ça permet de diminuer la résonance.

On a prévu aussi de mettre des caméras. Pas pour fliquer les gens qui vont y travailler. Parce que la bien-traitance ne se décrète pas. Mais parfois, ça peut mal fonctionner. L’intérêt de ces caméras c’est d‘être responsable de ce qui se passe et de voir comment on peut s’améliorer. Pour les animaux mais pas seulement: quand ça se passe bien pour les animaux, ça se passe bien pour les humains.

"Un studio de cinéma où on montre des images de ses congénères ou d’une prairie verdoyante"

La clé de voûte de notre édifice, c’est le box de mise à mort. On va tuer sept vaches par semaine, soit 250 tonnes de viande par an. L’abattoir de Limoges, c’est 20.000 tonnes par an. Donc plutôt que de prendre des boxes prévus pour la filière industrielle, qui fait ses choix, on choisit des outils différents. D’abord, on a crée une sorte de boite, de studio de cinéma. On lui montre une image de ses congénères ou d’une prairie verdoyante.

On va aussi lui mettre des bruits qui vont l’apaiser. Ça peut être le son de son éleveur qui lui dit ‘viens’, par exemple. Pour les odeurs, on travaille avec une société qui développe des hormones de synthèse. On peut développer une odeur liée à l’odeur de la mamelle de la vache. Quand le bovin sentira ça, ça l’apaisera.

"Ce qui manque dans les outils industriels, c’est la compassion"

La mise à mort c’est important, et ce n’est pas facile comme geste. Ce qui manque dans les outils industriels, c’est la compassion. Il faut que l’homme prenne le temps de faire ce geste avec raison. On nous propose de mettre un robot, géré par un humain, qui fera l’acte d’étourdissement. Rien que ce robot coûte 100.000 euros. Actuellement, ce sont les humains qui font ça. Il faut être doué pour le faire. Et il faut, être bien constitué pour faire ça toute la journée.

Dans notre philosophie, on voit bien que les gens mangent de moins en moins de viande. Qu’il y a aussi beaucoup de gâchis de viande. On est plutôt sur manger moins de viande, mais manger mieux. Je pense qu’on peut s’adresser à tous. On n’a pas la prétention de dire 'on a trouvé la solution'. Mais on a compris ce que la société disait. J’ai été moi-même dégoûté de ce que j’ai vu via L214, même si je ne partage pas le discours vegan. Non, on essaie d’apporter une réponse. On dit que la bien-traitance, c’est important".

Propos recueillis par Antoine Maes