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Ce policier crée une websérie pour montrer que "sous les uniformes, il y a des hommes"

Une scène de "Ma vie de flic"

Une scène de "Ma vie de flic" - Ma vie de flic/Capture d'écran Youtube

Manque de moyens, souffrance au travail, procédures administratives absurdes, image écornée... Avec sa websérie "Ma vie de flic", le capitaine de police Sébastien D., alias Sebastien Urden, s'essaie à réhabiliter le métier de policier, et dénonce des conditions de travail parfois ineptes. Entretien à RMC.fr.

Sébastien D., alias Seb Urden, est capitaine de police en métropole lilloise et délégué syndical CFDT. Libre de faire de la figuration grâce à la loi de 2016 sur la liberté de création artistique, il est scénariste de "Ma vie de flic", websérie sur la vie quotidienne de la police. 

"La websérie a plusieurs but, le premier étant de dénoncer les absurdités et les conditions de travail dans la police. Je fais partie de l'Union des Policiers Nationaux et Indépendants (UPNI), une association de "policiers en colère". On voulait trouver d'autres biais que les rassemblements et les tracts. Je me suis dit que l'humour pouvait être un bon vecteur pour faire passer des messages.

"La société renvoie de nous une image qui n'est pas la réalité"

Ayant écrit les scénarios, les dialogues, j'ai rencontré Fethi Saïdi, le réalisateur qui a tout de suite cru au projet. Il ignorait la réalité du travail policier. Il est issu d'un quartier plutôt sensible et avait un regard à l'origine qui n'était pas bienveillant.

Policiers et jeunes issus des banlieues défavorisées ne sont pas forcément ennemis, ils peuvent devenir potes, faire des projets en commun. On essaie de nous enfermer dans des carcans: le flic qui n'aime pas les maghrébins, qui est alcoolique, violent ; le jeune des cités qui est forcément persécuté par la police...J'en ai marre de ces clichés. Ça fait 30 ou 40 ans qu'on a toujours cette image du Robert de Coluche. Mais dans la profession vous subissez votre souffrance et celles des autres, vous n'êtes pas considéré par la hiérarchie, et la société renvoie de vous une image qui n'est pas la réalité.

"Je veux montrer qu'il est facile de juger un policier après coup"

Dans l'épisode n°2, sur la légitime défense, je veux montrer qu'il est facile de juger un policier quand on n'a pas connu la situation. Après coup, il y a des experts, des juges, qui se penchent sur un cas sans avoir connaissance de la manière dont ça s'est passé. Dès que vous tirez, vous avez énormément de fichiers administratifs à remplir, et tout de suite l'IGPN (la police des police) vous prend à chaud, alors que vous venez de tirer, et que vous n'êtes pas bien. Il faut être débile pour penser qu'on prend notre pied en tirant sur des gens. Psychologiquement, ça laisse des traces.

Ce n'est pas une revendication pour élargir la légitime défense comme le réclament certains policiers. Surtout si c'est pour qu'on en vienne à tirer sur n'importe qui. Non, je pense que les magistrats ne sont pas bien formés. Je veux un tribunal de personnes compétentes, qui ont fait des stages ou des mises en situation. Quand une voiture vous fonce dessus, vous n'avez qu'une fraction de seconde pour vous décider.

"Le manque de mesure des médias me choque"

A l'avenir j'ignore si je vais parler des questions polémiques comme les violences policières ou la haine anti-flic. Le flic est le représentant de l'Etat. Celui qui est énervé contre l'Etat s'en prend aux flics. Que ce soit une manifestation d'agriculteurs, les militants d'ultra-gauche, les zadistes, les gars de banlieue… On est un défouloir parce qu'au niveau social ça ne va pas. J'essaie d'imaginer des sujets où l'on va rire sans stigmatiser personne. 

A travers la série, je fais des allusions à la couverture des médias sur certains événements. L'affaire Théo par exemple. Je ne comprends pas qu'un président de la République puisse se déplacer au chevet d'un jeune qui dit avoir été… sans avoir le résultat final de l'enquête. Ça m'a révulsé. Il y a une présomption d'innocence. Si le policier est coupable, il faut qu'il soit lourdement sanctionné, s'il est innocenté, il faut que ça se sache. 

Ça ne me dérange pas qu'on parle des "bavures" mais c'est le manque de mesure qui me choque. A aucun moment on ne précise que l'enquête n'est pas terminée, peut-être qu'il est innocent, etc. Et le manque d'information quand il s'avère qu'il y avait rien.

"En dessous des uniformes, il y a des hommes"

La saison 1 est terminée. L'épisode 6 sort en décembre. J'ai lancé une cagnotte sur Ulule pour financer la saison 2 parce que tout se fait sur mes derniers propres. Elle sera plus ambitieuse, on va raconter le quotidien d'un brigade, avec de la mixité, un homme blanc la quarantaine, une femme, un maghrébin. Dans la police, il y a de tout, tous les sexes, toutes les ethnies, toutes les orientations sexuelles. On est vraiment représentatif de la population française.

J'ai beaucoup de retours positifs de citoyens et ça me fait énormément plaisir. Je veux montrer qu'en dessous des uniformes, il y a des hommes. "

Propos recueillis par Paul Conge