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Violences policières: "si tu as un cœur, tu n’es pas fait pour ce métier" témoigne une adjointe de sécurité

TEMOIGNAGE RMC – Alors que les témoignages de victimes de violences policières se multiplient depuis l'affaire Théo, RMC dévoile le témoignage d'une jeune adjointe de sécurité qui dénonce les dérapages réguliers de certains de ses collègues.

C'est une jeune femme à fleur de peau. Elle travaille dans la police nationale comme adjointe de sécurité depuis 4 ans. Sur le terrain en banlieue parisienne. Et ces quatre années l'ont poussée à bout. Car elle a assisté impuissante aux dérapages réguliers de certains de ses collègues sans rien dire. Tout commence en 2013, elle vient de rejoindre une brigade sur le terrain en banlieue parisienne et elle intervient avec deux collègues dans un domicile sur des soupçons de violences conjugales

"Je commence à poser la question à la dame, ‘comment vous vous sentez?, On a été appelé par des voisins pour des violences, des cris venant de votre appartement’. Son compagnon a commencé s’énerver contre les collègues. Ils ont commencé à le pousser une première fois. Le monsieur est tombé par terre. Et mon collègue, pour éviter qu’il se relève violemment, il a sorti l’arme de son étui et lui a posé sur la tempe. Et il a dit ‘maintenant tu te calmes sinon je te tire une balle dans la tête’. Le mec a fermé sa gueule. Il a été pris de panique, autant que moi".

Aujourd'hui, cette image et beaucoup d'autres scènes de violence tournent en boucle dans sa tête. Et elle a eu envie de briser l'omerta qui règne dans la famille police sur les comportements de certains fonctionnaires.

"Je sais que j’arrive à un stade où je ne peux plus supporter qu’un mec se fasse tabasser par la police tout ça parce qu’il n’a pas vidé ses poches, ou parce qu’il a mal répondu, ou qu’il a parlé en langage jeune. Au bout d’un moment stop, c’est insupportable de voir ça".

L'affaire Théo a joué comme un déclic. Elle explique que souvent, certains de ses collègues refusent de prendre les plaintes pour violences policières. Elle-même n'est pas assez gradée pour le faire, du coup il lui est arrivé d'orienter des gens visiblement marqués vers la gendarmerie. Elle pensait que dans son propre commissariat ils ne seraient pas considérés. Aujourd'hui, elle se sent obligée de dénoncer les violences dont elle a été témoin. D'autant plus que les victimes, elle les connait. Elle les croise même régulièrement dans la rue.

"Je regrette de ne pas m’être imposée. Mais en même temps, en tant qu’adjointe de sécurité, c’est un peu compliqué de s’imposer face à un brigadier, à un brigadier-chef, un gardien de la paix. Je suis mal à l’aise quand je revois ces gens dans la rue, parce que ça m’arrive encore d’en croiser certains qui se sont fait tabasser par des collègues à moi. Bien sûr que je m’en veux, bien sûr que je regrette de ne pas être intervenue en disant ‘stop, arrêtez les conneries, arrêtez de fracasser ce monsieur, arrêtez de gifler l’autre’. Je n’ai envie que d’une chose, c’est de voir toutes les personnes qui ont été tabassées, de s’excuser pour eux. J’ai même de temps en temps honte de moi de ne pas avoir fait quelque chose pour eux. Ce n'est pas humain".

Même si elle assure avoir croisé de nombreux policiers exemplaires durant sa carrière, elle ne voit plus son métier de la même manière. Elle rêvait de devenir gardien de la paix pour aider et soutenir les gens mais aujourd'hui elle veut tourner la page.

"Je ne voyais pas la police comme ça. Ce n’est pas le métier dont je rêvais. Il faudrait peut-être ne pas avoir de cœur pour exercer le métier de policier. Il ne faut pas avoir d’âme, il ne faut pas avoir de conscience, il ne faut pas avoir de cœur. Si tu as du cœur, tu n’es pas fait pour ce métier-là en fait".

Elle confie qu'elle envisageait même de démissionner de la police nationale.

Marion Dubreuil (avec A.M.)