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Crèches People&Baby: après son appel à témoins, Ghita croule sous les signalements inquiétants

Après un appel lancé sur RMC mardi, une centaine de personnes ont écrit à Ghita depuis qu'elle a dénoncé mardi matin sur RMC des maltraitances observées sur le corps de son fils qui fréquentait une crèche People&Baby. Ils rapportent des faits similaires constatés sur leurs enfants et des problèmes d'effectifs et de moyens dans les établissements du groupe.

Une centaine de signalements en trois jours. Après avoir dénoncé mardi matin sur RMC les maltraitances constatées sur le corps de son fils après une journée dans une crèche People&Baby et appelé à la création d'un collectif de parents victimes du groupe, Ghita annonce ce vendredi sur notre antenne avoir reçu pas moins d'une centaine de signalements pour des faits similaires à l'adresse protectionenfancecreche@gmail.com.

"Notre collectif a été submergé par une centaine de signalements en moins de 72 heures, et nous n'avons pas encore traité les messages de cette nuit" explique la médecin, précisant que ces témoignages sont "longs", "circonstanciés", et accompagnés de photos, des captures d'écrans et courriers.

Bleus, morsures, et fracture du fémur

Des parents de toutes les régions métropolitaines rapportent des blessures corporelles constatées sur le corps de leurs enfants, comme des "bleus, des morsures, des bosses, des fractures". Un témoignage signale même "huit morsures en une journée sur un enfant", et un autre "une fracture du fémur sur un enfant de deux ans".

De nombreux signalements ont été rapportés à la direction de la crèche en question, parfois au siège du groupe, et la réponse semble "systématisée" selon Ghita, qui avait elle-même pris contact avec la direction de la crèche lilloise dans laquelle son enfant est inscrit.

"Quand ils répondent, ils disent que c'est un autre enfant qui est à l'origine des blessures", explique-t-elle.

Comme elle, d'autres parents auraient déposé plainte, et certains auraient signalé les faits à la Protection maternelle et infantile, au défenseur des droits, ou encore auprès d'un ministère.

Un enfant "en état de prostration, comme choqué"

Hormis les blessures, des parents racontent aussi que leurs enfants n'ont parfois pas été changés, que des repas n'ont pas été administrés, et qu'il y a des problèmes de locaux et de sécurité:

"J'ai à plusieurs reprises retrouvé mon fils le soir, recroquevillé en pleurs dans un coin, sans qu'aucune attention ne lui soit apportée, et il mettait à chaque fois une bonne heure à retrouver pied après la crèche, il était dans un état de prostration, comme choqué", confie un parent, cité par Ghita. "Nous avons vécu des choses difficiles, nous avons eu beaucoup de mal à nous relever, et notre petit garçon n'a plus jamais été pareil", raconte une autre.

De "la poudre aux yeux" envoyée aux parents

Des salariés ont aussi contacté Ghita. Ils rapportent une obsession de la direction pour le taux de rendement des établissements et des problèmes d'effectifs. Elle cite notamment "des filles laissées seules avec jusqu'à 12 enfants, l'absence de produits d'hygiène, [...] qu'elles doivent aller acheter par leurs propres moyens, des heures supplémentaires non payées, du ménage sur le temps de garde d'enfant, une détresse psychologique avec des filles qui craquent sur le terrain devant les enfants".

L'un des témoignages résume la situation en parlant de "poudre aux yeux" envoyée aux parents.

"On envoie de la poudre aux yeux aux parents en espérant qu'ils ne réalisent pas que non, nous n'avons pas les moyens humains nécessaires pour s'occuper de ces bébés et jeunes enfants ayant tant de besoins. On rogne sur le budget, sur le personnel, sur la pédagogie, sur l'hygiène, car il faut générer du fric".

Il y a dix jours, un bébé de 11 mois a été tué dans une crèche lyonnaise du groupe. L'une des employées a été mise en examen et a avoué lui avoir fait ingérer un produit toxique, expliquant avoir été "excédée" par ses pleurs.

RMC a depuis recueilli le témoignage d'une ancienne directrice d'établissement qui dénonce des conditions de travail intenables, et celui d'une actuelle puéricultrice qui rapporte des faits de maltraitance au quotidien. Contacté à de nombreuses reprises, le groupe People&baby n'a pas répondu à nos sollicitations.

Emilie Roussey