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Complotisme, astrologie, médecines alternatives: les jeunes croient de moins en moins en la science

Les jeunes croient de moins en moins en la science. Et ils sont de plus en plus perméables aux médecines alternatives, aux théories complotistes et aux pseudo-sciences. Plusieurs voix estiment que les modes d'informations, via les réseaux sociaux, et la disparition progressive de la culture scientifique et technologique dans l'éducation sont responsables de ce changement de paradigme.

La proportion des jeunes qui perçoivent positivement la science a chuté de 22 points en 50 ans! Selon une enquête de l’Ifop pour les fondations Reboot et Jean Jaurès, intitulée "Génération TikTok, génération toctoc?", réalisée auprès des 11-24 ans, 1 jeune Français sur 6 pense que la Terre est plate et 1 sur 4 doute de la théorie de l’évolution. En outre, 25% d'entre eux pensent qu'on "peut avorter sans risque avec des produits à base de plantes" et 19% pensent que les pyramides égyptiennes ont été bâties par des extraterrestres.

La jeunesse d'aujourd’hui est plus réticente au consensus scientifique et se tourne vers d'autres croyances: pseudo-sciences, astrologie, cartomancie ou encore théories complotistes. Aujourd'hui, seul 1 jeune sur 3 estime que "la science apporte à l’homme plus de bien que de mal", contre plus de la moitié en 1972. La proportion jugeant que son apport à l’humanité est plus nocif que positif a triplé en 40 ans.

S'informer via les réseaux sociaux

Concernant l'actualité, 31% des jeunes estiment que le résultat de l'élection américaine de 2020 a été faussé pour empêcher le président sortant Donald Trump d'être réélu et 1 sur 4 croit que le massacre de civils à Boutcha en Ukraine est une mise en scène des autorités ukrainiennes.

L'étude fait un lien avec les canaux d'informations des plus jeunes: ils sont ainsi 70% à s'informer au moins une fois par mois sur mes réseaux sociaux comme TikTok, Snapchat, Instagram ou Facebook, contre 23% via un journal télévisé et 17% via un site internet d'une chaîne de radio ou de télé. Sur TikTok, 41% des jeunes utilisateurs lient la fiabilité comme source d'information d'un influenceur avec son nombre d'abonnés. En d'autres termes, plus vous avez d'abonnés, plus vous êtes susceptibles de dire la vérité.

Le résultat "de la déconstruction de la culture scientifique dans l'éducation nationale"

"C'est la résultante d'un battage médiatique, de tout ce qui circule sur les réseaux, mais aussi de la déconstruction depuis 30 ou 40 ans de toute la culture scientifique et technologique dans l'éducation nationale", déplore sur le plateau des "Grandes Gueules" Marc Rumeau, président de l'association des Ingénieurs et scientifiques de France (IESF).

"Il y a le principe de précaution, on ne prend plus de risque, on ne fait plus rien. Ça s'est traduit par le principe d'inaction. Or, toutes les avancées qui ont permis à l'humanité de progresser, notamment de vivre mieux et plus longtemps, c'est parce que des femmes et des hommes ont pris des risques et ont fait des paris. Il y en a eu des perdants et des gagnants", juge-t-il.

Et s'il se félicite de la présence d'Elisabeth Borne, une ingénieur polytechnicienne, à Matignon, ainsi que de celle Roland Lescure en tant que ministre de l'Industrie, Marc Rumeau déplore que les ingénieurs soient trop peu présents dans les sphères politiques et socio-économiques.

"Perte de confiance en la politique"

"La problématique ne concerne pas juste les jeunes, mais le rapport que même les adultes ont à la science", estime Timothée, éducateur en Haute-Garonne, qui est régulièrement face à ces remises en cause. "Il faut comprendre d'où ça vient et faire preuve d'esprit critique et utiliser ce que l'on a notre disposition et ce que nous apporte la science", plaide-t-il sur RMC et RMC Story.

"Il y a un problème aussi au rapport avec les médecines alternatives, c'est pour ça que l'ostéopathie et la naturopathie explosent. Je pense que ça vient de la perte de confiance en la politique. Il y a une multitude de trahisons qui ont été faites qui font que les gens pensent plus à des choses alternatives qui paraissent plus naturelles que la médecine", assure Timothée, qui cite la croyance en l'homéopathie notamment chez des adultes.

"Les jeunes sont dans un entre-soi avec les réseaux sociaux", juge de son côté l'ancienne enseignante Barbara Lefebvre. "Ils ne fréquentent que des gens qui croient la même chose qu'eux", déplore-t-elle.

G.D.