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Garde alternée: le "sentiment d'injustice" des papas, délaissés au profit des mamans

Dans 63% des cas de divorces, c'est la mère qui obtient la garde des enfants. Dans seulement 12% des cas, la justice ordonne une résidence alternée. Une situation que dénonce Mohamed, père d'un enfant qu'il ne voit que quelques jours par mois, et qui se bat pour obtenir la garde alternée. RMC l'a rencontré.

La garde alternée doit-elle devenir le principe de base en cas de séparation des parents? L'assemblée nationale examine ce mercredi en commission des lois la proposition de loi du député Modem Philippe Latombe, qui veut poser la garde alternée comme principe de base en cas de séparation des parents. Il vise à instaurer "le principe général de résidence des enfants chez chacun de leurs parents, afin de traduire leur égalité, cela toujours dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant".

C'est un sujet sensible puisqu'aujourd'hui, en cas de désaccord entre les couples sur ce mode de garde, les chiffres montrent que les pères sont généralement désavantagés par rapport aux mères. Dans 63% des cas, c'est la maman qui obtient la garde des enfants, selon une étude menée par le ministère de la Justice en 2013. La résidence alternée est quant à elle fixée dans seulement 12% des cas.

"On est des papas impliqués"

La garde alternée devient ainsi un combat pour certains pères, en procédure de divorce. C'est le cas de Mohammed, père d'un fils de 6 ans, qui essaie en vain d'obtenir la garde alternée depuis plusieurs années. Quand on le rencontre, il nous montre la chambre de son fils. Une chambre qui reste vide 26 jours par mois. Les juges ont toujours refusé ses demandes. Ils invoquent, selon lui, l'éloignement géographique des parents, et le désaccord qui règne entre eux. Mais il estime ne pas être entendu par la justice. "Moi je n'ai jamais eu droit à la parole dans le bureau du juge. Expliquer pourquoi je demande la garde alternée, quels sont les bienfaits de la garde alternée pour mon fils… Mon fils me réclame, mais ça ne suffit pas".

Une situation incompréhensible pour Mohamed: "J'essaie de lui donner du bonheur quand il est chez moi les week-ends et pendant les vacances scolaires. Mais ça ne suffit pas. On n'est pas que des papas pour le week-end, on est aussi des papas impliqués. Je suis un papa impliqué dans la vie de mon fils. J'ai un sentiment d'injustice". Mais ce papa ne veut pas baisser les bras. "C'est un combat pour moi et pour mon fils. Je lui dois ça. Je me battrais jusqu'au bout".

"On a vraiment une justice qui est pro maman"

Des pères comme Mohammed, l'association SOS Papa en rencontre de plus en plus. Pour Claire Patrux, avocate au sein de l'association, la justice donne trop souvent raison aux mères lorsqu'il y a désaccord sur le mode de garde. "On a vraiment une justice qui est pro maman. Aujourd'hui nous sommes en 2017, on n'est plus à l'âge de pierre, on n'est plus dans les années 60. On a des pères qui sont vraiment très investis dans l'éducation de leurs enfants. Il faut que l'équilibre soit rétabli entre les parents". L'avocate rappelle que la résidence alternée ne sera de toute façon jamais proposée dans des cas graves de violences conjugales ou de violence sur l'enfant.

P. G. avec Marie Monnier