RMC

Migrants à Calais: "Tous les jours, les distributions d'aide sont empêchées par la police"

REPORTAGE – Alors que le Défenseur des droits Jacques Toubon s'est inquiété mercredi de la situation des migrants à Calais, dénonçant des atteintes aux droits "d'une exceptionnelle et inédite gravité", sur place, migrants et bénévoles se disent harcelés par la police.

Il y a un peu plus d'un an la jungle de Calais était démantelée. Dès lors, dans l'imaginaire collectif, il n'y a plus de migrants sur place. Or ce n'est pas le cas. Entre 500 et 600 migrants, dont des mineurs, sont bel et bien là. Et leur situation est catastrophique. "Ils n'ont ni de quoi manger, ni de quoi boire", s'alarme le défenseur des Droits, Jacques Toubon, dans un rapport publié ce mercredi. Il parle d'"atteintes au droit d'une exceptionnelle et inédite gravité" et dénoncent le fait qu'ils "dorment à même le sol" et qu'ils se disent "traqués jour et nuit dans plusieurs sous-bois de la ville. En effet, sur place, migrants et bénévoles se disent harcelés par la police.

Chaque soir, 200 migrants se réunissent sur un terrain vague, en bordure de Calais. Les bénévoles leur distribuent repas et couvertures, la seule autorisée, explique Vincent de Conincq du Secours catholique: "Quand on essaye de distribuer à boire ou à manger à un autre moment de la journée, les forces de l'ordre nous en empêchent". Les migrants, comme Safi, 23 ans, originaire d'Erythrée, se plaignent aussi de l’attitude des policiers.

"Il y a des vols de couvertures et de papiers d'identité"

"Hier, je dormais dans les sous-bois quand la police est arrivée et, sans rien me demander, m'a gazé, dénonce-t-il. Ça ne se fait pas". Ce mercredi soir, en pleine distribution de nourriture, une fois encore, une douzaine de policiers sont intervenus pour y mettre fin. Dès lors, les migrants se replient calmement dans les sous-bois, sous les yeux de Clarthieu, bénévole à l’association Utopia: "On nous empêche de continuer à distribuer. C'est la volonté de ne pas avoir de réfugiés à Calais. Ça a toujours été comme ça".

"Tous les jours, les distributions d'aide sont empêchées par la police, confirme Sarah, bénévole au seine de la même association. On n'est plus dans le maintien de l'ordre, c'est du harcèlement policier. On fait face à des coups sur des mineurs, du gazage de nourriture, donc de l'empoisonnement. Ils gazent des bidons d'eau, sans raison. Il y a aussi des vols de couvertures, de papiers d'identité. On nous empêche de parler à des gens qui ont besoin d'aller à l'hôpital. Ce n'est donc pas un comportement acceptable de la part de la police". De son côté, la préfecture affirme que l’objectif est d’éviter la réapparition d’une nouvelle jungle.

M.R avec Victor Joanin