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"C'est insultant": à Toulouse, la colère des soignants après les annonces d'Emmanuel Macron

Entre incompréhension, déception et colère, l'accueil des annonces d'Emmanuel Macron lors de ses vœux aux professionnels de santé a été plutôt frais, ce vendredi, au CHU et au SAMU de Toulouse.

Répondre aux inquiétudes des soignants, tel était l'objectif d'Emmanuel Macron, ce vendredi, lors de ses vœux aux personnels de santé. Ces derniers dénoncent des conditions de travail de plus en plus intenables, que ce soit à l'hôpital ou dans les cabinets libéraux. A Corbeil-Essonnes, le chef de l'Etat a présenté tout une réorganisation de l'hôpital ainsi qu'une série de mesures pour faciliter l'accès des patients à un généraliste et "sortir de ce jour de crise sans fin". Son ordonnance face au système malade.

"C'est insultant !"

De l'autre côté de la France, au CHU de Toulouse et au SAMU 31 (Haute-Garonne), les professionnels de santé ont suivi avec attention les annonces faites par le chef de l’Etat à l’occasion de ses vœux. Pauline est soignante. Pour elle, le président a posé beaucoup de questions, mais a apporté peu de réponses:

"Pour nous c'est insupportable, insultant et ça nous met en colère."

De son côté, Pauline Salingue, déléguée CGT au CHU de Toulouse, n’admet pas les critiques du chef de l’Etat, notamment lorsqu’il pointe du doigt le manque d’organisation. "Quand vous travaillez au quotidien, notamment dans les services d'urgence et qu'on vient vous faire la morale en vous disant de mieux vous organiser alors que vous donnez tout depuis des mois des années que vous ne comptez pas les heures que vous accueillez les patients dans des conditions déplorables bien entendu qu'on ne peut pas entendre ça", fulmine-t-elle.

Pour mettre plus de souplesse dans le système, le président veut enterrer les 35 heures. Une décision qui surprend, le directeur du SAMU 31, le professeur Vincent Bounes:

"Je ne connais pas un soignant qui est au 35 heures. Nous sommes tous largement au-delà, déjà. Ça s'appelle des heures supplémentaires mais à l'heure actuelle évidemment qu'on n'est plus à 35 heures."

"On a 20 à 30 ans de retard sur les autres pays"

Beaucoup de soignants ici regrettent le manque de mesures concrètes. Pour Vincent Bounes, il aurait fallu un véritable plan Marschall avec une remise "à plat du système" et "financer massivement". Il estime que la France a "20 à 30 ans de retard sur les pays où le système a progressé."

Entre deux interventions, dans son véhicule médicalisé, le docteur Bertrand Valdeyron du Samu 31 a écouté Emmanuel Macron. Il estime que le problème majeur reste le manque de médecins, un point abordé également par le chef de l’Etat. Pour le médecin urgentiste, "aujourd'hui on semble être dans une impasse", même s'il tempère en espérant que "ça ira mieux dans dix ans ou moins quand on aura formé" les futurs soignants.

Après la théorie, place à la pratique sur le terrain pour son ministre de la Santé. François Braun se rend lundi après-midi sur le terrain, dans le département voisin du Gers pour inaugurer un établissement de santé. Il devra certainement répondre aux questions des personnels soignants.

Jean-Wilfrid Forquès avec Maxime Martinez