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Crise à l'hôpital: le Dr Christophe Prudhomme déplore "une surmortalité évitable"

Selon le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste à Bobigny (Seine-Saint-Denis), porte-parole de l’AMUF et conseiller régional Ile-de-France (groupe LFI), la crise de l’hôpital peut avoir des conséquences dramatiques.

Va-t-il les convaincre et les rassurer? Emmanuel Macron présente ses vœux au secteur de la santé ce vendredi, dans l’Essonne. Et les soignants comptent sur des annonces fortes et des mesures très concrètes face à la crise dans les hôpitaux et la grève des médecins libéraux. A cause du manque de personnel et des multiples difficultés rencontrées au quotidien, les conséquences peuvent être dramatiques selon le Dr Christophe Prudhomme, urgentiste à Bobigny (Seine-Saint-Denis), porte-parole de l’AMUF (Association des médecins urgentistes de France) et conseiller régional Ile-de-France (groupe LFI).

"Aujourd’hui, nous sommes dans la même situation qu’en Grande-Bretagne. Il y a sûrement, par mauvaise prise en charge, par retard de prise en charge, une surmortalité évitable, qu’on peut chiffrer à plusieurs centaines de personnes par semaine, dénonce-t-il dans ‘Charles Matin’ ce vendredi sur RMC et RMC Story. Avec des patients qui attendent, sur des brancards ou au téléphone. Le Samu est engorgé. Monsieur Braun (le ministre de la Santé, ndlr) dit ‘n’allez pas aux urgences, appelez le Samu’. Quand vous appelez le Samu pour une grippe, vous pouvez attendre qu’on décroche. Mais quand vous appelez pour un arrêt cardiaque, s’il y a plus de dix minutes pour décrocher, ce qui est le cas dans beaucoup de Samu aujourd’hui, et même parfois 15 ou 20 minutes pour décrocher parce que les standards sont engorgés, ce n’est même plus la peine d’envoyer un véhicule de pompiers ou du Samu. On enverra un médecin dans les heures qui suivent pour signer le certificat de décès."

"Le gouvernement le sait et François Braun, qui est urgentiste comme moi et je connais depuis 20 ans, le sait, ajoute le Dr Christophe Prudhomme. Nous avons des études épidémiologiques, françaises et internationales, qui montrent que quand les services d’urgences sont surchargés, quand des patients attendent sur des brancards, nous avons une surmortalité de 9% tous patients confondus et qui peut atteindre 30% pour les patients les plus graves qui nécessitent des lits de soins intensifs."

"Si le système de santé est en difficulté, ce n’est pas parce qu’il y a des épidémies"

Pour cet urgentiste et syndicaliste, il faut donc une réaction très rapide pour inverser la tendance. "Les épidémies, c’est tous les hivers, souligne-t-il. Une épidémie de grippe un peu plus forte, c’est tous les cinq à dix ans. Donc c’est prévisible. Si le système de santé est en difficulté, ce n’est pas parce qu’il y a des épidémies. Des épidémies, il y en a toujours eu. Si le système de santé est à l’agonie, c’est parce que nous manquons de moyens. 100.000 lits ont été fermés en 25 ans. Chaque année, nous avons des plans d’économies. Et la difficulté supplémentaire aujourd’hui, c’est la fuite du personnel, toutes catégories confondues. Non seulement nous manquons de personnel, mais en plus le personnel démissionne, change de métier. Ces dernières années, 200.000 infirmières ont quitté le métier. C’est une catastrophe et ça s’accélère de jour en jour. Les conditions de travail se dégradent, donc ce mouvement va se poursuivre si on ne change pas radicalement les choses."

LP