RMC

"Il va y avoir des drames": Patrick Pelloux alerte sur la situation des services d'urgences

Les services d'urgences sont de plus en plus sous tension. Par manque de personnel, certains sont même obligés de fermer la nuit ou de trier les patients en amont. Une situation que dénonce le président de l'Association des médecins urgentistes, Patrick Pelloux, dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story.

La crise est profonde. De nombreux services d'urgences, en grandes difficultés par manque de personnel, ferment ou trient les patients à l’entrée. Une situation gravissime selon Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes.

“On est en pleine gestion de crise en fait. On a laissé aller, avec la crise du Covid qui a tout aggravé, des situations qui ont pourri l’hôpital public. Ce qu’on pense nous, et c’est pour ça qu’on se mobilise le 7 juin, c’est qu’il y a eu une logique dans tout ça pour casser le service public hospitalier”, explique-t-il dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story.

Si la crise sanitaire, longue de deux ans, n’a rien arrangé, il estime qu’il n’y a qu’un seul responsable à la situation actuelle des urgences. “C’est l’échec de l’Etat. L’Etat n’assume pas sa loi et on est en train de dire que les urgences ferment, que les services d’urgences vont trier les patients pour savoir qui va pouvoir avoir accès à un docteur ou pas... Ça veut dire qu’on est en recul par rapport à des pays en voie de développement. L’organisation de la permanence de soins a été complètement oubliée du Ségur de la Santé”, dénonce-t-il.

Des risques de faux diagnostics

Concrètement, comment se passe une prise en charge dans un service d’urgences pour un bras cassé actuellement? “On va vous renvoyer de services d’urgences en services d’urgences comme un malpropre. Et ça ne sert à rien d’appeler le 15 parce que le 15 est complètement débordé”, assure Patrick Pelloux. Mais lui craint des situations bien plus graves.

“Il va y avoir des drames. La seule chose que je souhaite, c’est qu’on n'accuse pas les personnels, lorsqu’une personne va arriver pour un mal de dos aux urgences, qu’on va la renvoyer chez elle et qu'elle va mourir d’une dissection de l’aorte. Un malade, ça s’examine. Un malade, c’est quelqu’un qu’il faut écouter. Ceux qui pensent que les malades, c’est juste un algorithme de start-up, ils se trompent. On est en train de baisser le curseur de l’humanisme dans notre beau pays, au profit d’une rentabilité pour fermer un maximum de structures d’urgences”, appuie-t-il.

Selon le collectif Samu-Urgences, 112 services d'urgence français sur les 690 présents dans le pays, connaîtraient en ce moment de graves difficultés.

Guillaume Descours