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Les médecins généralistes en grève: sont-ils vraiment parmi les moins bien payés d'Europe?

Un collectif de médecins généralistes, appuyé par plusieurs syndicats, appelle à la grève ce jeudi et ce vendredi. Ils réclament une augmentation du prix de la consultation.

Les médecins libéraux sont appelés à faire grève ce jeudi et ce vendredi et demandent une forte augmentation du prix des consultations. Les syndicats affirment que les médecins français sont parmi les moins bien payés d'Europe.

Cette grève est une première depuis plus de 12 ans. Les médecins de ville sont appelés à fermer leur cabinet, et s’il le faut à se lancer dans une grève plus longue juste après Noël, entre le 26 décembre et le 8 janvier. C’est un collectif qui est à l’origine du mouvement: "Médecins pour demain”, un groupe qui s’est formé sur Facebook et qui revendique 14.000 membres.

Ce sont des praticiens qui se veulent apolitiques et hors des syndicats. Même si les principaux syndicats de médecins se sont finalement associés à ce mouvement et annonce que le mouvement sera tres suivi. Beaucoup de médecins vont faire grève pour la première fois de leur vie. C’est ce qu’annonce Jérôme Marty, le président de l'UFML, l'Union française pour une médecine libre.

Quelles sont leurs revendications exactes?

Le groupe "Médecins pour demain" réclament un doublement du tarif des consultations, qui passerait de 25 euros à 50 euros. Les organisations syndicales sont moins précises. Elles savent qu’une augmentation de 100% a peu de chances d'être acceptée. Elles se contentent donc de commander une vraie revalorisation sans fixer de prix, en affirmant que le prix des consultations en France est un des plus bas d'Europe.

25 euros, c’est effectivement très en-dessous de la moyenne européenne qui serait de 46 euros d'après les organisations professionnelles. La Belgique est au même tarif mais presque tous les autres pays européens sont au dessus.

Et ce n’est pas nouveau, il y a cinq ans, lorsque la consultation est passée de 23 à 25 euros, un syndicat avait proposé aux médecins d’afficher dans leur cabinet les différents tarifs: 25 euros en France, 40 au Portugal, 70 en Suisse, 76 en Allemagne… Il n’y avait à l’époque qu’à Malte que les consultations étaient moins chères qu’en France, si l’on exclut des pays comme l'Espagne ou l'Angleterre qui ont un système particulier, avec des consultations gratuites dans le public mais très, très chères dans le privé.

Les médecins français sont-ils ainsi mécaniquement parmi les moins bien payés d’Europe?

Non, parce que le prix de base des consultations est un mauvais indicateur des revenus des médecins. Il y a beaucoup d'autres critères à prendre en compte. Et notamment le nombre d’heures travaillées. Les médecins français travaillent plus que leurs confrères étrangers.

L'étude la plus sérieuse et la plus récente est celle de l’OCDE. Elle conclut que la France, pour les revenus des médecins, se classe au 8e rang parmi les pays les plus riches. Ce qui n’est pas formidable mais ce n’est pas le dernier rang comme l'affirment certains syndicats.

Mais il y a une autre façon de calculer qui est sans doute plus juste. C’est de comparer les revenus des médecins avec le salaire moyen du pays. Et là, les médecins français se classent à la troisième place parmi les pays de l’OCDE.

Les généralistes français gagnent trois fois le salaire moyen des français. C’est moins que les Allemands qui gagnent 4,3 fois le salaire moyen, moins que les Anglais, mais mieux que les Belges, les Canadiens ou les Néerlandais.

Le revenu moyen d’un généraliste en début de carrière, une fois ses charges payées, est estimé à 4.297 euros. Et autour de 6.500 euros en fin de carrière.

Les médecins hospitaliers sont les moins bien payés

En fait, toujours selon l’OCDE, les médecins français les moins payés, comparé à leurs confrères européens, ce sont les médecins hospitaliers. Ceux qui ont la tête sous l’eau en ce moment dans les hôpitaux. Par exemple les pédiatres qui viennent de lancer un appel désespéré à Emmanuel Macron. En réalité, on a deux crises très différentes mais qui s'additionnent aujourd’hui: celle de l'hôpital et celle de la médecine de ville.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)