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Levothyrox vendu à prix d'or sur le Net: "Ceux qui font ça vivent du malheur des autres"

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Profitant du désarroi de malades de la thyroïde, des sites Internet vendent illégalement et à prix d'or (jusqu'à plus de 100 euros), des médicaments présentés comme du Levothyrox ancienne formule. Le tout sans ordonnances. Scandaleux, dénonce Chantal L'Hoir, présidente de l'Association française des malades de la thyroïde, sollicitée par RMC.fr.

Chantal L'Hoir, présidente de l'Association française des malades de la thyroïde.

"Ceux qui commercialisent du Levothyrox ancienne formule sur Internet vivent du malheur des autres. On veut que ça s'arrête parce qu'au final c'est toujours le petit qui est victime, celui qui ne peut pas aller en Espagne ou en Allemagne, et qui va acheter ces 'médicaments' via Internet. On ne passe plus par les pharmaciens légaux. C'est très dangereux. Les gens sont irresponsables de faire ça. On ne sait pas ce qu'il y a dans ces médicaments.

"On est face à la mafia du médicament"

Le risque, c'est que des gens soient tellement dans le désespoir qu'ils deviennent clients de ces sites. Cela ferait des drames supplémentaires parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a dedans. Quand on voit que nos pharmaciens ne peuvent même pas faire venir l'ancienne formule du Levothyrox par eux-mêmes d'Allemagne, un pays européen, sans passer par l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), c'est scandaleux. Il faut que nos pharmaciens puissent en acheter librement en Allemagne.

On est face à une mafia: la mafia du médicament. Comment on a pu accepter que le laboratoire Merck puisse avoir un monopole sur ce médicament? Quand on sait comme c'est difficile pour les patients d'avoir un équilibre au niveau hormonal, là les gens vont changer trois fois de médicaments… Je plains les médecins qui, derrière, vont devoir ajuster les dosages. Et puis cela va provoquer un trou abyssal pour la Sécu.

"On demande un fond d'indemnisations"

Ce qui est impensable, c'est que les pouvoirs publics laissent pourrir cette situation. J'espère que quand on sortira lundi du ministère de la Santé, où nous avons rendez-vous avec la ministre Agnès Buzyn, on aura l'assurance d'avoir le L thyroxine Henning (alternative au Levothyrox) de façon pérenne, et non pas juste pour 100.000 boîtes. Dans le cas contraire, je peux vous assurer qu'on occupera les locaux du ministère! On demande à la ministre un retour à l'ancienne formule de Levothyrox – on peut toujours espérer –, la pérennité du L thyroxine Henning et les gouttes pour les plus fragilisés. Mais nous allons aussi demander un fonds indemnitaire pour les gens reconnus comme victimes de cette nouvelle formule.

Les cas les plus graves commencent à arriver au sein de l'association. Il y a des gens qui sont tellement mal qu'ils se suicident. Récemment, nous avons appris le cas d'une parisienne qui s'est défenestrée. On a aussi des gens qui ne prennent plus le Levothyrox, et qu'on a retrouvés avec 655 de TSH, donc à deux doigts de la crise cardiaque."

Propos recueillis par Philippe Gril