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"On investirait plus": face à la pénurie de médicaments, les labos veulent une hausse des prix

Invité d’"Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Thierry Hulot, PDG du laboratoire Merck France et président de Leem (organisation professionnelle des entreprises du médicament en France), explique les raisons de la pénurie de certains produits pharmaceutiques cet hiver et plaide pour une hausse des prix.

"Cette situation me révolte, comme vous". PDG du laboratoire Merck France, président de Leem (organisation professionnelle des entreprises du médicament en France), Thierry Hulot s’associe à la grogne des patients privés de leurs médicaments ou fortement gênés pour la poursuite de leurs traitements cet hiver. Si les cas du paracétamol et de l’amoxicilline ont été très commentés, d’autres produits sont en rupture ou en pénurie. "Il va falloir se mobiliser, encore plus, explique Thierry Hulot dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story. On rencontre une situation exceptionnelle. On a eu un retour des pathologies hivernales très tôt, très fort, après le Covid. Personne n’avait anticipé une telle épidémie de bronchiolite, de rhume, de grippe, et dans tout l’hémisphère nord. Il y a eu un besoin de traitements qui a absorbé tous les stocks qui étaient disponibles et tout ce qui avait été prévu en production pour l’hiver."

Mais comment expliquer le délai de retour à la normale dans les rayons des pharmacies? "Le temps industriel est long, assure le PDG de Merck France. Dès les premiers signes, les industriels se sont mobilisés pour re-produire. Certains industriels ont annoncé des productions records. Le paracétamol, il n’y en a jamais eu autant qui a été produit que l’an dernier. L’amoxicilline, c’est la même chose. Le temps d’approvisionnement en film aluminium a doublé avec la conjoncture qu’on connait. Et il y a tous les ingrédients qui rentrent dans la fabrication du comprimé. Beaucoup sont importés. Les délais d’acheminement ont augmenté."

"La boîte d’amoxicilline, c’est moins cher qu’une baguette de pain"

Pour faire face à cette crise, "il y a urgence à agir, à remettre en place en France un plan pénurie" selon Thierry Hulot, qui s’étonne de l’absence de réponse du gouvernement depuis le mois d’avril 2022. "Il faut agir dans la situation actuelle pour régler le problème au plus vite. Ensuite, il faut reconstruire les fondamentaux pour que ça ne se produise plus. Il faut tous se mettre autour de la table, pouvoirs publics, entreprises du médicament… Nous, les entreprises du médicament, nous ferons d’ici fin mars des propositions extrêmement concrètes au gouvernement. La première, c’est qu’il faut être beaucoup plus agile dès qu’il y a des premiers signes de tension sur des molécules essentielles. En France, il y a 12.000 références différentes. Il y en a probablement 300 qui sont vraiment essentielles et pour lesquelles il faudrait pouvoir être extrêmement agiles."

Et les laboratoires plaident pour une hausse des prix des médicaments. "Ce n’est pas qu’on en ferait plus, c’est qu’on investirait plus, souligne Thierry Hulot. On aurait plus de chaines de production, plus d’agilité pour aller vite, pour réagir en cas de tension. Avoir un budget du médicament qui est 20-25% en-dessous de la demande réelle, ça n’incite pas les innovations de demain à venir en France. On continue de fournir les médicaments, mais l’industrie du médicament rembourse 70% du dépassement du budget. Evidemment, ça tue les marges de manœuvre et le modèle économique de tous un tas d’entreprises. Les traitements essentiels, indispensables, sont à très bas prix. La boîte d’amoxicilline, c’est moins cher qu’une baguette de pain. Face à cela, vous avez l’augmentation des matières premières, vous trouvez des collaborateurs qui acceptent de travailler le week-end et la nuit, vous payez des heures supplémentaires… Et on est la seule industrie où le prix est administré. Vous ne pouvez pas répercuter le prix, l’inflation. Donc il n’y a plus de modèle économique."

LP