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Capteurs, exosquelettes: la tech à la rescousse sur la pénibilité au travail

Dans "Charles Matin" et "Estelle Midi", ce mardi sur RMC et RMC Story, Anthony Morel présente les avancées technologiques pour aider à améliorer la prise en compte de la pénibilité au travail. Comme les capteurs ou encore les exosquelettes.

C’est l’une des inconnues de la réforme des retraites qui doit être dévoilée ce mardi: comment prendre en compte la pénibilité au travail? La technologie a de nombreuses solutions encore trop peu exploitées. D’abord, pour mesurer, quantifier la pénibilité, ce qui est toujours un point très délicat. Aujourd’hui, ça passe par un système de points cumulés en fonction des conditions de travail (températures, bruit, travail répétitif...). Pas forcément très précis, vu le nombre de cas particuliers. C’est là que la tech entre en jeu, avec des équipements intelligents capables de mesurer en temps réel l’inconfort ou la difficulté ou la répétitivité de certains mouvements. Par exemple, des chaussures de sécurité bardées de capteurs, qui mesurent le temps passé dans des positions fatigantes, accroupi ou à genoux par exemple, le taux de vibration quand on manie un marteau piqueur, ou encore grâce à un système de géolocalisation, prévenir le salarié quand il s’approche d’une zone dangereuse ou interdite.

Il y a aussi des t-shirts ou des vestes intelligents. La smart Safety Vest, par exemple, qui va se mettre à vibrer quand elle détecte qu’on porte mal une charge ou qu’on s’approche trop d’une machine en marche. Mais aussi un système qui s’appelle Numii : une petite balise électronique qu’on va placer à côté d’un poste de travail et qui va scanner tout ce qui se passe, analyser l’environnement sonore (combien de décibels), mais aussi les mouvements du salarié. Ce qui va permettre de visionner sur une tablette toutes les positions d’inconfort et donner des conseils pour les optimiser et éviter les blessures. L’idée étant d’avoir des critères objectifs de pénibilité de chaque tâche et une base de données globale sur la pénibilité au sein d’une entreprise ou d’un type de métier. Après, évidemment, il faut que ça reste un outil d’analyse de la pénibilité, pas un mouchard pour surveiller qui travaille et qui tire au flanc…

Les exosquelettes arrivent dans le monde du travail

La pénibilité, c’est bien de pouvoir la mesurer, mais ce serait encore mieux de pouvoir l’éviter. Et là, on entre dans l’ère du travailleur augmenté. De plus en plus d’entreprises utilisent des exosquelettes pour équiper les ouvriers et les techniciens. Des sortes d’armures, mécaniques ou électroniques, équipées de moteurs et de vérins qui vont servir de muscles et de tendons artificiels pour renforcer ceux des bras et des jambes, en fonction de la tâche et du métier. Certains vont renforcer la puissance musculaire des bras et permettre de travailler en portant des objets à bout de bras (perceuse) comme si de rien n’était. Comme des gants bioniques pour tenir un fer à souder ou des cisailles sans se fatiguer. D’autres vont soutenir le bassin ou réduire la pression exercée sur la colonne vertébrale. Ou sont placés au niveau des jambes et permettent de s’accroupir ou de s’asseoir sans avoir besoin d’une chaise: c’est l’exosquelette qui va supporter votre poids. Ça va permettre de rester accroupi pendant des heures, pour faire un enduit au sol par exemple.

On commence à les voir apparaître sur les lignes de production de voitures ou encore chez les constructeurs d’avion comme Airbus, ou à la SNCF. Mais aussi évidemment sur les chantiers de BTP, l’agriculture, chez les manutentionnaires… Tous ceux qui soulèvent des charges lourdes toute la journée ou qui réalisent des mouvements répétitifs, dans les entrepôts de livraison par exemple. L’avantage: moins de pénibilité, moins d’accidents de travail, de TMS, et plus de productivité aussi.

Manque de recul sur l'efficacité à long terme

Est-on sûr que c’est vraiment efficace? Il ne s’agit pas de dire que c’est la panacée... On se souvient de ce député de la majorité qui disait il y a quelques semaines: ‘Bon les couvreurs, les déménageurs, ce n’est plus comme il y a 40 ans, ils sont équipés d’exosquelettes’. C’est un peu plus nuancé que ça. Ce qui ressort des études de l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail, qui dépend de l’assurance maladie, c’est que d’abord, ils sont encore très rares. On est à la phase de l’expérimentation dans l’industrie, la logistique, le BTP... Et on manque encore de recul sur leur efficacité réelle à long terme.

Ça fonctionne très bien sur certains gestes précis, par exemple le ponçage d’un plafond mains au-dessus de la tête, où la machine va clairement limiter la tension sur les muscles et les articulations. Mais ce n’est pas vrai pour tous les métiers. Et surtout, on manque encore de recul sur les effets secondaires que peuvent entraîner les exosquelettes eux-mêmes, irritations de la peau, déséquilibres du corps. Cela peut soulager une partie du corps mais créer un trouble ailleurs et modifier les repères habituels. Donc c’est clairement un pas dans la bonne direction, mais pas une solution miracle non plus…

Anthony Morel