RMC

Des enfants privés de dessert à la cantine pour cause d’inflation et de crise énergétique

Dans l’Hérault, plusieurs communes, comme Agde, ont vu leurs formules repas réduites à la cantine depuis le 14 novembre. Certains éléments des menus manquent à l’appel comme les entrées ou le dessert. En cause, le prestataire qui fournit des centaines de repas serait dans l’incapacité de faire face à l’explosion de ses charges à cause de l’inflation.

Des enfants privés de desserts à cause de l'inflation. Certaines cantines ont vu leurs menus réduits parce que les prestataires ne peuvent pas faire face à l'augmentation des prix des matières premières et de l'énergie. C'est le cas dans l'Hérault. Agde et une dizaine de communes aux alentours ont vu leurs formules repas réduites, à la cantine des écoles, depuis le 14 novembre.

Cette réduction de la formule est tout à fait légale mais qui pose question alors que les élèves doivent avoir accès, en théorie, à un repas complet. Légale mais qui indigne les parents d'élèves:

"Payer le même prix et avoir moins, ce n'est pas normal. Certains enfants n'ont peut-être que ce repas équilibré par jour" explique Davina Smart, présidente de la fédération de parents d’élèves FCPE d’Agde.

>>> Suivez RMC sur Google pour retrouver les dernières actualités

La colère des élus

Même colère du côté des élus qui dénoncent une situation qui s’est dégradée dès le mois de septembre. "Le prestataire a enlevé un élément, notamment les desserts. On a signé ce marché en 2020 et nous sommes engagés jusqu'en 2023. Pour nous il est indispensable que nous fassions vite, que les élèves puissent être gérés au mieux et le plus rapidement possible", espère Jean- François Audrin, maire de Saint-Georges d’Orques.

De son côté, Patrick Vignal, député Renaissance de la circonscription d'Agde, a estimé sur RMC qu'"on ne peut pas prendre les enfants des cantines en otage".

"Dans certains cas, c'est le seul endroit où ils peuvent prendre des repas de qualité et complets. Dans quel monde on vit? Les adultes doivent se parler pour que les enfants ne soient pas pris en otage" estime-t-il.

Cette situation qui traduit la difficulté dans laquelle se trouvent les fournisseurs et, plus globalement, le secteur de la restauration collective. · Le 23 novembre 2022, Restau'Co, le réseau interprofessionnel de la restauration collective, a cosigné une lettre ouverte adressée notamment à Emmanuel Macron pour réclamer une revalorisation du budget alimentaire par les collectivités à qui ils fournissent des repas, et demandent un soutien renforcé de l'Etat.

Une facture d'électricité multipliée par 10

À Agde, les parents les paient entre 50 centimes et quatre euros, en fonction de leurs revenus. Un plateau repas moyen coûte quatre euros et 27 centimes à la commune. Pas assez pour joindre les deux bouts pour la société chargée de préparer les repas, SHCB. Elle explique ne plus pouvoir faire face à l’augmentation massive de ses charges estimée à 15 %:

"Quand on a découvert que le coût de l'électricité allait être augmenté par dix, très sincèrement on n'était pas prêt. On n'a pas le choix. On est en état de survie, il fallait réagir vite", explique son directeur général, Thierry Pompanon.

La direction de cette société assure avoir prévenu la municipalité d'Agde en septembre dernier: "Depuis deux ans, nous essayons de négocier avec la ville, de parler d'inflation, de trouver des solutions. On a fait des propositions, on a demandé une médiation avec la mairie. Le maire nous l'a refusée. Nous ne sommes pas en direct avec les familles mais nous sommes en direct avec la mairie. Nous ne prenons pas en otage les enfants, nous continuons d'assurer les repas, comme pendant la période Covid avec les personnes âgées".

"Pas d'aides"

Thierry Pompanon dénonce aussi le manque d'aides pour la restauration collective. "Dans la restauration collective, nous n'avons eu aucune aide à part le chômage partiel, où il reste 30% du salaire à charge avec des frais fixes d'entretien et pas de chiffre d'affaires. Ce n'est pas une aide. La restauration collective n'a pas eu les mêmes aides que la restauration collective."

Reste que le problème semble plus global que ce qui se passe dans l'Hérault. La même situation se déroule Caudebec-lès-Elbeuf, en Seine-Maritime, où certains jours aucune entrée n'est proposée aux enfants. Parfois ce sont les fruits, ou alors les laitages qui manquent à l'appel. Début novembre, les professionnels de la restauration collective ont demandé à leurs clients - les collectivités et les établissements scolaires - une hausse d'"au moins 9 %" de leurs contrats pour faire face à l'inflation.

Maxime Martinez avec Estelle Henry