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Économie: “On va aller vers une crise en 2023”, estime l’économiste Daniel Cohen

L’économiste Daniel Cohen, président de l’École d’économie de Paris, explique sur RMC ce vendredi qu'il s’attend à une crise économique pour l’année 2023. Selon lui, la croissance du pays sera proche de 0%.

Invité du Face à face sur RMC et BFMTV, l’économiste Daniel Cohen a donné le ton pour l’année à venir. Et celui-ci n’est clairement pas des plus optimistes.

Alors que l’inflation continue d’augmenter en France, le président de l’École d’économie de Paris estime sans détour que le pays se dirige “vers une crise en 2023, elle est annoncée. On n'aura pas la croissance de 1% annoncée par le gouvernement. On sera proche de 0%".

Des propos appuyés par les derniers résultats trimestriels du PIB en France. La croissance française a nettement décéléré au troisième trimestre, le PIB ne progressant que de 0,2% après un bond de 0,5% au printemps, selon les données dévoilées vendredi par l'Insee.

"L'après-covid pas totalement digéré"

Pour expliquer cette anticipation peu enthousiaste, Daniel Cohen estime que la France “est dans une rétractation de l'activité économique et de la demande d'emploi. Et pourtant, il y a beaucoup de tensions car l'après Covid n'est pas totalement digéré”.

Daniel Cohen s’appuie aussi sur le jugement du chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), qui disait que la bonne politique économique aujourd’hui serait d'aider les 40% les plus pauvres et taxer les 10% les plus riches. C'est ce genre de politique tout à fait nouvelle, que l'on n'avait pas faite dans les années 70, et qu'il faudrait faire aujourd’hui".

“Le travail ne paye jamais assez”

Au cours de son face à face avec Apolline de Malherbe, Daniel Cohen a aussi pu se pencher sur le sujet brûlant du travail et de sa valorisation. En somme, tout en assurant qu’il “faut protéger les plus vulnérables”, l’économiste estime que l’indexation des salaires sur l’inflation n’est pas la voie qu’il faut prendre pour les mois à venir.

"On a fait ça dans les années 1970 et cela s'est très mal passé, car cela créer une spirale infernale entre les prix et les salaires. je ne crois pas que c'est ce qu'il faut faire", juge Daniel Cohen.

Toutefois, l’économiste pense qu’il faut temporairement indexer le salaire minimum sur le niveau grimpant de l’inflation, car de nos jours “on ne vit pas dignement avec le SMIC”. Mais au-delà de la question salariale, c’est aussi la notion travail qui a totalement changé depuis la pandémie de Covid-19 selon Daniel Cohen.

"On a un nouveau rapport au travail, indiscutablement et durablement. L'attitude qui s'est créée pendant le Covid ne va pas disparaître. C'est une des difficultés actuelles. Il y a une demande nouvelle, légitime. Il y a quelque chose de nouveau qui doit être institutionnalisé et maîtrisé socialement, car sinon cela aggraverait le grand mal du siècle, la solitude sociale, l'anomie sociale", analyse le président de l’École d’économie de Paris.

Autre sujet brûlant de cette fin d’année 2022, la réforme des retraites. Le président de la République, pendant l’émission L’Événement sur France 2, a réaffirmé son projet de recul de l’âge légal de la retraite à 65 ans pour l’horizon 2031.

Mais aux yeux de Daniel Cohen, le timing choisi par le chef de l’État pour débattre de cette réforme n’est pas le bon. "Ce qui est contradictoire, c'est que le débat sur l'allongement du temps de travail arrive au moment où les Français ne veulent pas en entendre parler”, pense l’économiste.

“Il n'y a ni urgence ni consensus, et même le Conseil d'orientation des retraites est un peu gêné. La seule catégorie sociale qui soit vraiment favorable à cette réforme, ce sont les retraités eux-mêmes, qui votent majoritairement pour ce gouvernement et à droite. Tout le reste de la société y est hostile"

L’Ukraine, catalyseur de la transition énergétique?

Daniel Cohen s’est enfin livré sur la guerre en Ukraine et sur sa vision des répercussions que le conflit provoque, notamment sur la question de la transition énergétique.

Estimant que "l'énergie est la chose qui nous ronge et qui est l'origine de la spirale inflationniste", Daniel Cohen explique qu’avec la guerre en Ukraine, “le dérèglement sur le marché de l'énergie va sans doute accélérer notre prise de conscience, qu'on ne peut plus dépendre des énergies fossiles et donc accélérer la transition climatique. D'un mal naît un bien. C'est la vision optimiste de l'Histoire, et il faut s'en saisir".

"Le fossile tue et gangrène nos territoires. Les solutions… c'est de s'en passer. À court terme, c'est d’aider les gens, ce sont des mesures de soutien de pouvoir d'achat, mais on pourrait être plus créatif. À terme, c'est changer la géographie urbaine. Obliger les constructions urbaines à proximité d'un transport en commun. Réfléchir à un autre type de consommation comme le leasing, les voitures autonomes”.
Alexis Lalemant