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"Ils ont un niveau de vie supérieur aux actifs": faut-il demander plus d'efforts aux retraités?

Les retraités devraient être épargnés par la réforme des retraites prévue par le gouvernement, mais certains économistes rappellent que, statistiquement, les retraités ont en moyenne un niveau de vie supérieur aux actifs.

Ce sont les grands gagnants de la réforme des retraites: les retraités. Ils sont largement épargnés par la réforme souhaitée par le gouvernement, et même mieux, pour certains d'entre eux, ils vont voir leur retraite relevée.

Et, sur ce sujet, la ligne du gouvernement est claire: le ministre du Travail, Olivier Dussopt, l’a dit à nouveau dimanche: "Notre objectif est de financer cette réforme par le travail, de ne pas amputer le pouvoir d’achat des retraités, quels qu’ils soient, quel que soit leur revenu".

Une position partagée par la quasi totalité des députés de la majorité. Et pourtant, certaines voix commencent à s'élever contre cela. Et notamment le think-tank d'économistes "Terra Nova" qui plaide pour que toutes les tranches de la population participent à l'effort collectif. Même les retraités.

"En moyenne, les retraités sont moins pauvres que les actifs"

Alors en effet, pourquoi ne pas demander d'efforts aux retraités? A 71 ans, Françoise, retraitée du privé, est soulagée et satisfaite d'être épargnée par la réforme, et de conserver sa pension après une dure vie de labeur.

"J'ai bien cotisé, j'ai travaillé plus que nécessaire, j'ai fait tous mes trimestres et la surcote et j'ai continué à travailler après ma retraite", détaille-t-elle.

Cyril considère aussi qu'il n'est pas en mesure financièrement de participer à l'effort collectif. "Avec les moyens que j'ai, ce n'est pas possible", souffle-t-il.

Et pourtant, en moyenne, les retraités sont moins pauvres que les actifs. Chez eux, le taux de pauvreté est de 9% contre 15% dans le reste de la population. Alors pour Michel, ancien petit patron dans l'alimentaire, s'il faut mettre la main à la pâte, c'est d'accord: "Si c'est pour équilibrer et que tout le monde continue à toucher, et qu'il n'y a pas d'autre système, il va bien falloir que l'argent vienne de quelque part", note-t-il.

Augmenter la contribution sociale généralisée (CSG), c'est en effet une des pistes pour certains économistes. La fin de l'abattement de 10% sur les pensions en est une autre. Didier, retraité aisé, l'accepterait aussi: "Je suis assez lourdement imposé, maintenant s'il faut payer davantage d'impôts... Je comprends la situation", philosophe-t-il.

"Ils ont les moyens d'aider la France"

Invité d'"Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, l'économiste Maxime Sbaihi a quant à lui un avis tranché sur cette question et estime qu'il faut "plus de solidarité", et donc que les retraités doivent bien contribuer à l'effort national.

Il estime que sur chaque réforme de retraites prise depuis l'époque Mitterrand, on demande toujours aux actifs de travailler et de cotiser plus, mais qu'on ne demande jamais d'efforts aux retraités.

"Ça m'interpelle. Il n'y a aucune raison que ce soit uniquement aux jeunes générations qui en payent le prix", lance-t-il.

L'économiste estime que, statistiquement et en moyenne, ils ont les moyens et la responsabilité "d'aider la France" à surmonter le vieillissement de la population, un "fardeau démographique" selon lui.

"La France est un des rares pays, où en moyenne, les retraités ont un niveau de vie supérieur aux actifs. Donc ceux qui profitent du système de retraites sont plus riches que ceux qui y contribuent. C'est nouveau et inédit que les pauvres payent pour les riches", tacle-t-il.

JA avec Mahauld Becker-Granier