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Retraites: qu'est-ce que l'"index seniors" que souhaite mettre en place Elisabeth Borne?

La Première ministre Elisabeth Borne a annoncé la mise en place d'un "index senior" qui calculerait par entreprise le taux d'emploi des plus de 60 ans. Explications et points de vues sur ce dispositif qui ne donner pas lieu à sanctions.

Il n'y aura pas de sanction pour les entreprises qui n'emploieraient pas assez de seniors. La Première ministre Elisabeth Borne l'a confirmé samedi matin, au micro de France Inter.

"Il n'y a pas d'obligation légale sur la part des seniors que vous avez dans l'entreprise, donc c'est compliqué de voir comment ça peut donner lieu à des sanctions", justifie la Première ministre qui souhaite mettre en place un "index s"niors" qui "s'inspire de l'index de l'égalité femmes-hommes en entreprise."

Cet index, mis en place dans le cadre de la réforme des retraites, mesurerait l'évolution des embauches et de l'emploi des seniors dans l'entreprise, mais sans être contraignant comme l'index de l'égalité professionnelle, qui peut donner lieu à des pénalités financières allant jusqu'à 1% de la masse salariale. Une manière de pointer les bons et les mauvais élèves sans les sanctionner en bonne et due forme.

La locataire de Matignon demande tout de même aux "entreprises, de se saisir (du) sujet" de l'emploi des seniors et demande aux employeurs redonner de "toute leur place aux seniors" dans leurs entreprises, dit-elle. En France, en 2021, 35,5% des 60/64 ans étaient en emploi. C'est dix points en dessous de la moyenne européenne, même si ce chiffre augmente depuis quelques années.

Empolyer des seniors, est-ce possible partout?

Mais employer des seniors peut être plus facile à dire qu'à faire dans certains secteurs. "Nous, c'est impossible d'imposer l'emploi de seniors" explique Eric, patron d'une entreprise de nettoyage industriel. Un métier "très physique" qui provoque "régulièrement des problèmes d'épaule ou de dos" avec l'âge.

"Le problème c'est l'âge de la retraite dans des métiers physiques: 64 ans c'est juste suicidaire" explique le chef d'entreprise.

En matière d'embauche des seniors, certains sont déjà en avance. C'est le cas de Thomas Abinal, patron d'une entreprise spécialisée dans immobilier. "Dans nos conseillers clientèle, on a des seniors", explique celui qui considère qu'"être coercitif du jour au lendemain, ce n'est pas forcément la meilleure façon de faire" mais que "dans un deuxième temps, il faudra mettre des pénalités pour ceux qui ne jouent pas le jeu."

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Un index, vraie solution?

Certaines entreprises craignent que ce nouvel index soit une obligation administrative supplémentaire pour les petites et moyennes entreprises: "Aujourd'hui, on a beaucoup d'impératifs: l'égalité des salaires… Ça fait encore plus de paperasses pour des PME", explique Audrey Louail, présidente de Croissance plus, un réseau de PME.

Puis après sa mise en place, cet index peut-il à lui tout seul résoudre la question de l'emploi senior ? Benoit Serre, vice-président de l'association nationale des DRH, pense que ce sera largement insuffisant: "Si la politique pour l'emploi des seniors se limite à mettre en place un index, ça ne marchera pas. Il faut une vraie politique publique: des aides à l'embauche, des incitations à l'embauche."

Les organisations patronales elles, craignent surtout que cet index senior soit rendu plus contraignant pendant les débats au parlement. Cet index devra être publié dès cette année par les entreprises de plus de 1.000 salariés et en 2024 pour les entreprises de plus de 300 salariés.

Maxime Martinez et Martin Cadoret