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"J'ai craqué, ce n’était plus tenable": plus de 500.000 personnes ont démissionné au 1er trimestre

La grande vague de démissions continue. Plus de 500.000 travailleurs français ont démissionné au premier trimestre 2022. Un chiffre historiquement haut. Désormais, les Français privilégient leur santé et leur bien-être.

Une école de commerce renommée, un premier emploi dans le marketing, un CDI, puis l'épidémie de Covid-19 a bouleversé la vie de Justine: "Cela nous a fait prendre conscience qu’il y avait des choses beaucoup plus importantes. Finalement bosser dans une boîte en marketing, on s’en fout", raconte-t-elle à RMC. Alors, début 2022, Justine démissionne: "Je me suis dit : ‘J’arrête la vie parisienne, j’arrête de bosser en marketing, je prends du temps pour moi’. Là je bosse en food-truck". Aujourd'hui, Justice vit de sa passion et en accord avec ses valeurs: son foodtruck de vin et tapas sera éco-responsable.

Et elle n'est pas la seule. La grande vague de départs continue. Depuis la fin de l'année 2021, le nombre de démissions atteint un niveau historiquement haut. Selon la Dares, 523.107 démissions ont été enregistrées au premier trimestre 2022, en majeure partie des postes en CDI (469.610). Rapporté au nombre de salariés, le taux de démissions atteint 2,7% au premier trimestre 2022, son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008-2009.

La santé et le bien-être avant tout

Perte de sens, remise en question après l'épidémie de Covid-19, les raisons de démissionner sont nombreuses. Rudy, agent de sécurité a lui aussi démissionné parce qu'il ne supportait plus le management violent sur son lieu de travail: "Vous aimeriez vous travailler pour un patron qui dit : 'Vous êtes nuls, vous n’êtes pas bon, c’est jamais bien'".

C'est à la faveur du repos forcé par le chômage partiel qu'il prend conscience de ces dysfonctionnements: "Je me suis dit que j’étais toujours au travail. La vie c’est ça ? Je me lève à 3h du mat, je rentre à 15h je suis épuisé. J’ai dit: 'c’est bon je passe l’éponge, je me tire je m’en vais'. Je n’ai rien perdu". Désormais Rudy a des critères dans sa recherche d'un nouvel emploi. Il veut avoir une vie à côté de son travail.

"J’étais chauffeur poids-lourds pendant 5 ans, j’ai démissionné au mois de février, j’ai craqué complètement, ce n’était plus tenable", explique Kévin qui veut monter son entreprise. "J’ai réfléchi pendant longtemps et j’avais de l’argent de côté pour me le permettre", ajoute-t-il estimant que la santé est en jeu. "Vous n’avez plus goût à rien, vous êtes stressés, tout ça, ce sont des signes qui disent 'stop'".

"Vous ne changez pas une entreprise en claquant des doigts"

Ces nouvelles attentes, Benoît Serre, vice-président délégué de l'Association Nationale des DRH les observent de plus en plus: "Aujourd’hui la dimension du management, de la liberté d’organisation, l’engagement pour la planète et toute ces choses-là sont devenues des choses très importantes qui viennent juste après la rémunération", explique-t-il.

Pour s'adapter et pouvoir recruter, les entreprises doivent donc changer, et vite: "On est entre les deux avec un marché très actif où des gens partent sans vraiment d’inquiétudes sur leur capacité à retrouver et de l’autre des entreprises qui ne se sont pas encore vraiment adaptées aux nouvelles exigences. Vous ne changez pas une entreprise comme ça en claquant des doigts", explique Benoît Serre

Revoir les salaires à la hausse, les contrats d'embauche et globalement les conditions de travail, avec plus d'autonomie, les pistes d'amélioration sont nombreuses pour conserver ou attirer de nouveaux salariés.

Si ces démissions sont inédites elles restent attendues: après chaque crise, il y a une nouvelle vague de démission. C'est aussi un signe que le marché du travail est dynamique. D'après les analyses de la Dares, au deuxième semestre 2021, environ 8 démissionnaires en CDI sur 10 ont retrouvé un emploi dans les 6 mois.

Siam Spencer avec Guillaume Dussourt